Sans attendre que le riz au lait, cuisiné pour l’anniversaire de son fils, Enriqueta et toute la famille doivent fuir, passer de l’autre côté du pont séparant l’Espagne et la France. Ils fuient les troupes de Franco, eux qui sont du côté des Républicains, fuir une mort assurée. Les voici contraints à l’exil. Le riz au lait n’aura jamais le même goût.
Enriqueta est la grand-mère de Léonor de Recondo. Je sens ce besoin de parler de leur arrivée en France, de ce qui les amener à fuir… Chasser l’Espagne de leurs vies et, surtout, d‘Enriqueta, de retrouver le lien, la filiation à travers une vie romancée mais si vraie. Léonor devient Enriqueta : « Je suis sur ta clavicule, sur ton poignet, dans tes mains… Je te connais sans te connaître, Enriqueta. »
Une loi promulguée en 2022 lui permet d’envisager acquérir la double nationalité et posséder un passeport espagnol. Léonor de Recondo en profite et fait toutes les démarches pour obtenir le précieux document qui revêt une si grand importance pour elle
Tout au long de son récit, entre poésie en vers libres, souvenirs inventés, gestes reçus de sa propre mère, Léonor de Recondo passe de l’une à l’autre et l’une devient l’autre sans que cette tresse nuise à la lecture, au contraire.
L’autrice marche dans les pas de sa grand-mère et, si il n’y a pas d’empreintes, les créé pour recevoir cette filiation et mieux la transmettre à ses propres fils. Elle redonne vie à Enriqueta, à la fuite du rouleau compresseur de Franco.
Le livre est servi par une écriture tripale, poétique et musicale.Un coup de cœur et je retrouve avec grand plaisir une autrice que j’apprécie mais que j’avais délaissée.