Mariamne est un court roman à l'esthétique oscillant entre le conte et la réécriture des Écritures publié par Pär Lagerkvist en 1967. Le récit revient sur la relation qu'entretient Hérode durant son règne avec sa femme Mariamne, qu'il finira par faire assassiner en dépit de l'amour qu'il lui porte mais qui échoue à tempérer ses cruautés.
Rien de très neuf ici pour qui a déjà approché la littérature du Suédois. On est dans une reprise d'un récit saint de l'Antiquité qui va être dépouillé de sa religiosité explicite au profit d'une interrogation sèche et brutale sur la nature humaine. Si fameusement dans Barabbas Lagerkvist utilisait la figure du criminel pour interroger la difficulté fondamentale à se positionner sur une croyance structurante, à choisir une métaphysique, il va utiliser ici le mauvais roi pour nous faire méditer sur un paradoxe troublant : comment peut-on détruire ce que l'on aime sincèrement, pourquoi cherche-t-on trop fréquemment son malheur, comment se fait-il que l'amour ne soit pas capable d'infléchir la violence de nos natures.
Comme souvent chez l'auteur, l'écriture se montre simple, directe, mais pas vraiment blanche dans la mesure où ce n'est pas tant la neutralité objective que cherche Lagerkvist que la rugosité grattée. Il a un style de sculpteur de pierre granuleuse qui casse les arrêtes, et quand on passe la main sur la surface on perd quelques lambeaux arrachés à la paume.
Le roman, par rapport à Barabbas, manque sans doute quelque peu d'ampleur, de projection, d'anxiété menaçante. On retient tout de même une réécriture passagère intéressante de l'épisode des rois mages, qui montre très bien la façon dont l'écrivain entend traiter de la matière biblique dans sa littérature, comme d'un banal potentiellement signifiant mais maintenu dans une forme d'incertitude...ou de soupçon ? C'est à discuter.
Une lecture rapide et pertinente, mais qui peine peut-être à apporter beaucoup à qui a déjà eu la possibilité de baliser Pär Lagerkvist.
En première approche de la bibliographie ?