Trop loin, trop vite... n'est pas scientifique qui le voudrait

Donné par un ami, c'est le premier tome d'une série qui se veut de l'anticipation "hard-science", c'est à dire dominée par un discours rigoureusement tissé de raisonnements scientifiques.

Las ! Robinson tombe dans le piège de l'assimilation culturelle à l'expérience terrestre et sa "science" ne dépasse pas celle qui a servi à fabriquer le modèle du Covid, "la pire épidémie que l'humanité a jamais connue", désormais condamné aux oubliettes de l'histoire scientifique, tout comme le Bug de l'an 2000.

C'est ainsi que la colonie de "scientifiques" de Robinson, experts en tout, approuve de fabriquer un million de "fours" produisant 200°C de chaleur électrique et fonctionnant à l'aide de mini-éoliennes (sic), destinés à être répartis sur toute la surface de Mars pour en réchauffer l'atmosphère. On a beau, comme moi, ne pas appartenir à la communauté des professionnels "scientifiques", on en reste bouche bée. Cela représente en moyenne un four par secteur de 145 km2 (une fois et demie la superficie de Paris) pour réchauffer une atmosphère misérablement ténue d'une température moyenne de -63°C, soit inférieure aux pires températures moyennes observées sur la Terre. Quelle stupidité, quelle imbécile manière de gaspiller les efforts d'une tête de pont de l'humanité sur une planète aussi hostile !

D'autant que l'atmosphère martienne, on le sait depuis longtemps (et l'auteur l'évoque même dans la première partie du livre) est d'une densité 170 fois inférieure à celle de la Terre. Dans ces conditions, il, est facile d'imaginer l'efficacité des éoliennes pour alimenter de quoi produire 200°C en permanence...

Mais ce n'est pas grave, et l'auteur renchérit en coinçant deux de ses héros voyageant en dirigeable dans une terrible tempête martienne dont le vent, écrit-il à la page 245 a "la force des plus violentes tempêtes de la Terre, sinon davantage". Dans la réalité, il faudrait une vitesse de vent de plusieurs milliers de kilomètres/heure sur Mars pour arriver à ce résultat, et même le dieu romain de la guerre serait tout ébouriffé de voir ça !

Bon, j'en suis à ce stade de la lecture et je me dis que Robinson était autant scientifique que je suis le Pape. Étant donné que les humains vont dans la série s'installer plus nombreux, puis terraformer la Planète Rouge, je me demande à quelle fable techno-doctrinaire Robinson va faire appel pour qu'il y parviennent.

A par cela, le récit est très lent, lourd, parsemé de considérations techniques fastidieuses et parfois peu crédibles. Les relations entre les personnages tiennent la route, mais on sent encore l'Hollywoodisme dans la psychologie des individus. Bref, si ce récit est désormais trop désuet pour rester de l'anticipation, on se dit qu'il l'était déjà au moment de sa publication et son succès en Amérique du Nord nous permet de mieux comprendre pourquoi Mars Polar lander s'est crashée en 1999, gaspillant plusieurs centaines de millions de dollars à cause d'une approximation de mesure, et pourquoi les Etasuniens en sont encore à ré-essayer de se poser sur la Lune au lieu de fouler le sol de Mars.


Edonor
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le 29 avr. 2026

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Edonor

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