S'attaquer à un chef-d’œuvre, c'est extrêmement intimidant. Martin Eden est resté pendant des années sur ma liste de livres à lire sans jamais que je n'ose m'y attaquer. Il se trouve qu'aujourd'hui, existe le solution des livres audio, solution que j'ai longtemps snobée sous prétexte qu'un livre, ça se lit. Total, celui-là, je ne l'avais pas lu.
Bref, tout ça pour dire que le snobisme, ça va bien 5 minutes et que découvrir un chef d’œuvre, de quelque manière que ce soit, nous élève. Et Martin Eden fait sans aucun doute partie de ces romans qui nous donnent l'impression d'avoir compris quelque chose sur le monde.
Martin, jeune marin issu de la classe laborieuse, tombe amoureux d'une jeune femme de la bourgeoisie. Se rendant compte du gouffre de culture et d'éducation qui les sépare, il décide de se plonger dans la lecture, et plus tard, de se mettre à écrire. Démarre alors le parcours du combattant d'un ouvrier pour s'affranchir de sa condition, le mépris affiché des bourgeois, dont il se rend progressivement compte de la médiocrité intellectuelle.
J'ai tout vécu avec Martin Eden, le premier amour foudroyant, le travail aliénant qui laisse lobotomisé, j'ai cru à ses premiers essais, ses poèmes envoyés aux revues de la côte ouest, les retours inexpliqués de ses manuscrits.
Le stakhanovisme de l'auteur dure, et personne à part Brissenden ne semble le comprendre. La suite des évènements va profondément modifier le caractère du héros, qui devient à la fin du roman assez antipathique, et le dénouement semble inéluctable.
C'est brillant, c'est poignant, et bien qu'assez austère en apparence, ça m'a tenu accroché à mon volant pendant toute la durée du roman.
La confrontation finale entre Ruth et Martin est viscéralement révoltante.
Merci à Larzaboule d'avoir convaincu l’indécrottable snob que je suis de se mettre au livre audio.