Classique reconnu du roman historique, Mémoires d’Hadrien se présente comme une longue lettre écrite par l’empereur Hadrien à Marc Aurèle, alors que la fin de sa vie approche. N’étant pas spécialiste de la période romaine, même si je connais un peu Cicéron et Marc Aurèle, je suis entré dans cette lecture avec curiosité, attiré autant par la réputation de l’œuvre que par son dispositif.
J’en ressors avec un sentiment mitigé. Le livre est indéniablement bien écrit, tenu, maîtrisé. Yourcenar parvient à faire parler Hadrien avec une sobriété qui donne souvent l’impression d’une méditation plus que d’un simple récit historique. Ce qui m’a le plus intéressé, ce sont les réflexions philosophiques sur la vie, la mort, le pouvoir, la perte des êtres chers, les croyances, la maladie et la responsabilité de gouverner. Malgré les siècles qui nous séparent de cette époque, ces questionnements restent profondément humains et universels.
Le roman permet aussi de sentir quelque chose du monde romain, sans jamais tomber dans la simple reconstitution décorative. La question de la divinisation de l’empereur, le système de l’adoption pour choisir un successeur, le rapport entre autorité politique, culture grecque, organisation de l’empire et maîtrise de soi donnent au texte une véritable épaisseur historique. On comprend que Yourcenar cherche moins à raconter Rome qu’à faire émerger une conscience romaine, celle d’un homme placé au sommet du pouvoir et désormais contraint de relire sa vie.
Mais c’est aussi là que le livre m’a parfois laissé à distance. Toute la partie plus lyrique, centrée sur les voyages, les impressions, les paysages, les états d’âme et les longues variations contemplatives, m’a semblé par moments trop étirée. J’ai davantage apprécié le début et la fin du roman, lorsque la réflexion sur le corps, la mort et le bilan d’une existence prend le dessus. Le milieu m’a paru plus inégal, parfois trop enveloppé dans une prose élégante, mais qui ne m’a pas toujours touché.
Il y a pourtant quelque chose de très fort dans cette tentative de saisir un homme au moment où il se défait de lui-même. Hadrien n’est pas seulement un empereur qui raconte son règne. C’est un homme qui regarde venir sa fin, qui tente de donner une forme à sa mémoire et de comprendre ce que fut sa vie, entre grandeur politique, passions personnelles, solitude du pouvoir et acceptation progressive de la disparition.