La légende de la Table Ronde comme on ne l'a jamais lu, car si la littérature a souvent fait grand cas de Lancelot du Lac et de sa Guenièvre, elle a rarement laissé la parole à celui dont l'avènement a enfanté les destinés légendaires que sont celles de Morgane et de son demi-frère Arthur. Car c'est bien de ces deux amants-là qu'il s'agit. Essentiellement.
Une mort tragiquement précoce a ôté à leur fils Mordred l'occasion de se faire une place plus importante dans la légende. On se prend à imaginer ce qu'aurait pu devenir ce « traitre par excès de fidélité, » ce « monstre par excès d'idéal, produit parfait du monde que [Merlin] avait créé et que [Mordred] avait détruit en raison même de cette perfection. » Voilà résumée en une phrase toute l'ambiguïté de l'ambition de Merlin, qui était d'établir avec la Table Ronde un nouveau pouvoir, « un pouvoir qui ne sera plus au service de l'homme qui le détient, mais au service de l'homme en général (...) »