Et bien ma foi, c'est pas très bien en fait ? Alors que pourtant j'ai beaucoup aimé le début. Les 250 premières pages sont consacrés à la relation en ismael et l'indien, on sent une amitié entre eux, on découvre nantucket, ça sent l'aventure, la baleine/cachalot (ça me rend dingue que ces connard d'américains utilisent le terme "vraie baleine" pour dire baleine et baleine pour dire cachalot) est mystifié à travers des digressions d'ismael qui me plaise beaucoup sur le mal intrinsèque de la couleur blanche par exemple. C'est absolument stylé, ismael parle des baleiners comme ceux à qui le monde et les océans appartienent, qui explore le monde avant les gouvernements, tout est grandiloquent, la description des seconds du Péquod me régale, achab est absent lors du départ, ça promettait une vraie quête au bout du monde n'est ce pas ?
Et pourtant rien de tout ça ne dure, à la longue les digressions sur les baleines ça finit par être un peu ridicule, amenuisant la parfois le rythme et la portée du récit (quand il essaie d'expliquer pourquoi vishnu, persée, hercule etc seraient des baleiniers...) et lourdingue vu qu'il raconte juste n'importe quoi scientifiquement. Celles où il explique les coutumes (comme le glam) ou le droit restent interressantes néanmoins et donnent, pour le coup, une vraie profondeur au livre.
Mais pire que ça, il n'y a en fait pas vraiment d'aventure dans ce livre, il n'y a même pas grand chose. Ismael devient totalement absent et raconte les événements comme si il était extérieur, ce qui n'a rien de grave en soit mais déjà il raconte des discussions et des événements auxquels il n'assiste pas directement (genre les discussions starbuck/achab), ce qui n'a aucun sens. On perd aussi l'occasion d'être vraiment immergé dans cet équipage qu'on ne connait finalement que peu hormis les harponneur/seconds et achab et ce n'est pas une phrase à la fin sur le fait qu'ils étaient tous derrière achab qui va inverser la tendance après 500 pages. Il n'y a simplement aucune vie dans cet équipage, quasiment aucune interactions entre les membres hormis les 80 dernières pages et l'histoire avec Pip. Franchement il se passe 500 pages mais j'en retiens presque rien. On me parle d'uen grande quête de tour du monde mais on ne sent pas le temps passer, ils partent du port vers le sud puis pouf ils ont passé le cap de bonne espérance, pouf ils sont au japon sans que la vie quotidienne soit vraiment expliqué. Et il n'y a même pas de distorsion temporelle comme dans le désert des tartares par exemple. Il y a juste des scènes de chasse qui sont parfois stylées bien que j'ai du mal à comprendre l'action, parfois des rencontres avec d'autres bateaux, bien vite expédiées.
Achab est censé être un peu fou, emmener son équipage vers la mort mais à part starbuck tout le monde semble s'en foutre d'aller se suicider sur moby dick, je ne sens aucune folie dans cet équipage et même pour achab c'est pas si marquant que ça. Le parallèle entre lui et baleine qui fait dire à certains qu'en fait son ennemi c'est lui même est assez ronflant, la portée biblique évidente est aussi largement exagérée, à aucun moment c'est la lutte contre le mal ou contre la nature... le livre est loin d'être aussi épique que je m'y attendais.
Bien sûr, au milieu des 700 et qlq pages on trouve forcément qlq bonnes choses : la première chasse, le chapitre "le chapeau" où achab apparait enfin un peu dérangé et où le côté mystique ressort, les chapitre d'explication du traitement de la baleine une fois morte mais je trouve le roman affreusement plat après les 300 premières pages avec un sursaut à la fin, surtout porté par starbuck quand ils évoquent leur famille et leurs regrets. Dommages qu'il faille attendre aussi longtemps pour avoir des personnages incarnés.
Et pourtant apparemment mon édition est celle de la récriture grandiloquente au détriment de l'étrangeté initiale du roman. Et j'ai aimé cette écriture, cette magnification du ciel et de la mer mais ce n'était pas porté par un récit qui en valait la peine, ça finit donc par être vain. bref grosse déception.