Troisième et dernier tome de la trilogie de la Conurb, Mona Lisa disjoncte, anciennement traduit sous le titre Mona Lisa s’éclate, vient refermer le cycle fondateur du cyberpunk initié par Gibson. Le titre original, Mona Lisa Overdrive, évoque l’idée de surmultiplication, et c’est peut-être bien ce qui caractérise le mieux ce volume : non pas une intensité supérieure, mais une multiplication des lignes narratives, avec quatre trames principales, soit une de plus que dans le tome précédent.


Que dire de plus, sinon que les tomes se suivent et finissent par se ressembler. L’univers est pensé avec une réelle puissance d’anticipation, les concepts sont forts, et l’on comprend sans peine l’influence durable qu’ils ont exercée sur la culture populaire. Les cubes mémoriels avec des consciences ou des têtes conservées évoquent déjà des motifs que l’on retrouvera plus tard ailleurs, jusqu’à Futurama. Le cyberespace, les intelligences artificielles, la vie par procuration, les mégacorporations, la fusion entre technologie et mystique, autant d’idées qui irrigueront ensuite une large partie de la science-fiction, de Matrix à Hamilton, parmi beaucoup d’autres.


Mais sur le plan du récit, la faiblesse demeure flagrante. L’intensité ne prend jamais vraiment. Les scènes d’action sont mal incarnées, souvent difficiles à visualiser, et les personnages restent creux malgré leur potentiel. Le retour de certaines figures du premier tome pourrait créer du liant, ou faire naître un semblant de tension, mais l’effet reste plat. Rien ne vient vraiment approfondir ce qui avait déjà été posé. On a surtout l’impression d’un univers qui continue à produire des variations sur lui-même sans parvenir à retrouver un véritable souffle.


Le problème reste le même que dans les deux précédents volumes : Gibson pense très bien son monde, mais peine à le faire vivre. Les idées existent, parfois brillantes, mais les personnages servent surtout des fonctions. Ils traversent l’intrigue plus qu’ils ne l’habitent, comme si le roman s’intéressait davantage aux architectures mentales et technologiques qu’aux êtres qui les subissent.


Cette trilogie restera donc pour moi une réelle déception. J’attendais davantage d’un ensemble aussi fondateur pour le cyberpunk. On en retiendra l’influence, les concepts, l’atmosphère, la trace historique indéniable. Mais une fois l’importance patrimoniale mise de côté, il ne reste pas grand-chose qui marque véritablement comme expérience de lecture.


Un cycle majeur par son impact, mais bien faible dans son incarnation romanesque.

Gilead
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le 15 mai 2026

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