Dennis Lehane est un bon auteur de polars. Son écriture est aérée et va à l'essentiel. Les dialogues sont drôles et percutants. Autant dire que la lecture est très agréable... Mais savoir écrire est une chose. Imaginer de bonnes intrigues en est une autre, et sur ce plan, Moonlight Mile déçoit.
En effet, après une introduction très marrante dans laquelle Patrick Kenzie piège un "peleuh" aussi riche qu'abruti, nous repartons à nouveau à la recherche d'Amanda McCready, 12 ans après sa première disparition. Patrick et la magnifique Angie ont beau être sympathiques, leur enquête est finalement très courte, et l'explication finale avancée par Lehane est aberrante. Les méchants russes sont terriblement caricaturaux, le médecin alcoolique qui leur refourgue des bébés n'est pas crédible une seconde, mais le pire est atteint avec le personnage d'Amanda. La petite fille de Gone Baby Gone a grandi, presque trop serais-je tenté de dire, et à 16 ans, elle pense et s'exprime comme une quadragénaire qui connaît tout de la vie. Aussi à l'aise avec un nourrisson que dans l'usurpation d'identité, la fille d'Helene McCready est un personnage froid dont la caractérisation est ratée de A à Z.
Bref, l'auteur semble clairement à court d'idées, ses personnages ne sont pas assez réalistes, et la résolution finale tirée par les cheveux nous laisse avec un petit goût amer dans la bouche. Ce roman ne s'adresse donc qu'aux fans de Patrick et Angie : leur complicité est intacte, et malgré leurs difficultés financières, ils restent résolument fous l'un de l'autre. Contrairement à la plupart des héros de polars contemporains, Patrick Kenzie est souvent fébrile, et il ne possède pas d'aptitudes physiques ou intellectuelles hors du commun : autant dire que ça change et que ça fait du bien d'avoir affaire à un type normal ! Mais comme le laisse entendre Dennis Lehane, les deux éternels tourtereaux sont trop souvent dépassés par les évènements, et maintenant qu'ils ont une petite fille de 4 ans aussi débordante d'imagination qu'épuisante, ils sont bien obligés de se rendre à l'évidence : ils n'ont définitivement plus l'âge de jouer aux détectives privés. Les dernières pages ressemblent à s'y méprendre à des adieux définitifs, et après cette aventure en demi-teinte, on se dit que leur retraite est amplement méritée.