Un homme succombe dans son domicile, le corps marqué par la souffrance, une horloge incisée dans sa peau. Sur sa poitrine, un smartphone s'illumine, révélant un sablier et ce message : « Vous n’avez droit qu’à une question. » L’appareil renferme l’intégralité de sa mémoire. Poser la bonne interrogation déverrouillera le dispositif ; toute autre tentative entraînera l’effacement définitif des données, une mort redoublée. Paul Moreau est la cinquième victime de cette macabre scénographie de l’agonie, de ce piège numérique. Quand Bianca découvre son père, elle choisit de fuir avec le téléphone avant l’arrivée des forces de l’ordre. Elle doit à tout prix trouver la question salvatrice, sauvegarder les ultimes fragments de vie de son père…
Le récit alterne entre Bianca, qui se bat pour empêcher la police de mettre la main sur l’appareil, et Mathilde, déterminée à remonter jusqu’au meurtrier. Le rythme est soutenu, sans temps morts, si ce n’est pour quelques digressions éthiques sur l’IA. Les personnages m’ont parfois dérouté : Bianca traduit sa confusion sensorielle en données calculées, ce qui prête à sourire face à la précision des informations qu’elle manipule (on croirait presque qu’elle utilise une intelligence artificielle, tant son approche est méticuleuse). Mathilde, elle, part en fusée à la moindre remarque, au geste le plus anodin, évoquant un certain Rico dont on ne sait rien, un passé qui reste obscur (au point que je me suis demandé si ce roman était la suite d’un autre).
L’identité du ou des coupables se devine assez tôt, sans surprise à mi-parcours. Reste l’énigme centrale : quelle question libérera les souvenirs du smartphone ? Là, je n’ai pas trouvé… pourtant la réponse était simple.
Ce qui fait la force de ce livre, c’est la réflexion qu’il propose sur l’avenir, la conscience numérique, le cimetière des données. Même si, aujourd’hui déjà, nous pouvons léguer photos, vidéos ou lettres à nos proches via un support numérique, le récit va plus loin en imaginant une IA façonnée à notre image, habitée par nos pensées et nos souvenirs. Serait-ce une bénédiction ou un fardeau pour ceux qui restent ? Voilà la véritable question…