L’histoire commence en France en 1914, dans un petit village du Morvan. C’est là où Charme va naître, fruit d’un secret de famille honteux, aux prémices d’une Première Guerre où son père, Anzême, sera envoyé au front. Puis vient la Seconde Guerre, l’occupation, la Résistance à laquelle participera Charme, alors papa d’un petit Aloès. Puis arrive la troisième guerre, celle d’Algérie, qui changera Aloès à jamais. Olivier, son fils, connaîtra lui d’autres sortes de guerres, plus personnelles mais tout aussi bouleversantes. C’est l’histoire des hommes de sa famille qu’il retrace dans ces pages pour Saule. Une histoire jalonnée de pertes, de blessures, de colère, de non-dits, et d’une violence terrible qui se perpétue de père en fils.
S’il a d’abord été publié par Gallimard Jeunesse, ce roman d’Anne-Laure Bondoux dépasse le cadre de la littérature dite jeunesse (il est d’ailleurs aussi publié chez Folio). Je découvre avec ce roman l’écriture d’une autrice virtuose, sa plume à la fois fine, sensible et percutante, ses dialogues ici adaptés aux différentes époques qui défilent, empreinte parfois d’un argot parisien absolument savoureux. L’histoire de la famille d’Olivier, qui traverse la France de la ferme du Morvan aux rues parisiennes, aborde le thème de la scission ville/campagne, classes populaires/bourgeoises, ainsi que les luttes des minorités LGBTQIA+ et le joug brutal du patriarcat sur les femmes… mais aussi sur les hommes. L’histoire d’Olivier, c’est celle de cette masculinité féroce, de ces hommes envoyés à la guerre et changés à jamais, du syndrome post-traumatique, et de la répercussion de la violence vécue sur les personnes qu’ils aiment.
Comment briser ce cycle ? Peut-être en faisant lire ce roman au plus grand monde, à tous les garçons (et les filles) de votre entourage. Peut-être que l'émotion vive et brutale qui traverse ce roman tel un orage saura toucher au cœur des hommes. Moi, en tout cas, ça m’a arraché des larmes.