Œdipe sur la route par Kliban
Bauchau me tombe des mains. Totalement. Impression de vide sidéral - et encore : il y a dans le vide quelque chose de vibratile. Quelque chose de ces chrétienneries (*) flasques qui se donnent une apparence de profondeurs et n'ont pas même de peau ni de squelette, d'organe ni de souffle non plus que de sang, juste un vague système nerveux en quête d'auteur.
Bref. Je déteste. Peut-être est-ce de n'avoir radicalement pas réussi à parvenir à achever (c'est le terme) le livre. Je n'ai pu rien trouver à quoi m'accrocher dans ce ton désincarné et faussement crypto-emprunté. M'a rappelé ce qui me hérisse chez Saint-Ex (dans Citadelle, par exemple, beau livre par ailleurs), cette façon molle de se résigner à n'être pas Dieu, et de cacher ce désespoir sous un éthos fait d'attente, d'absence triste, de finitude sans grâce : de se laisser crever à petit feu dans une prison de mots propres, si propres.
Peut-être ai-je eu tord, peut-être aurais-je dû tenir, peut-être la charge transgressive que j'attendais du mythe - qui est celle de _tout_ mythe - se trouvait-elle plus loin, ou dans la structure d'ensemble, je ne sais. Je ne la sentais pas venir. Trop de fausse noblesse dans le ton, de choses affectées, de prétention à _dire_ - chose qui m'insupporte chez un écrivain : si on veut faire de la philosophie, qu'on en fasse ; quant aux sages ils sont rares et n'ont rien qu'ils _veuillent_ dire.
Bref. Creux. J'assume de pouvoir me tromper sur ce point et d'avoir un jour à revenir sur ce jugement. Franchement, je n'ai pour l'instant rien trouvé à Bauchau qui m'incite à jamais y revenir.
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(*) qu'on ne se méprenne pas : il y a des chrétienneries sublimes, et sublimes d'être chrétiennes.