Sylvie Meyer est une femme emmurée dans ses silences. A cinquante ans, mère de deux fils, elle vient de se faire quitter par son mari et se consacre sans réserve à son métier. Elle travaille à la Cagex, une entreprise de caoutchouc. Son patron lui a confié pour mission de surveiller les autres salariés de l’entreprise pour savoir quels sont ceux qui potentiellement pourraient être sortis du jeu. Et elle a accepté. Jusqu’à ce jour de novembre où le trop plein déborde et où elle commet cet acte totalement hors des clous : prendre son patron en otage sous la menace d’un couteau.
Étonnamment cet épisode qui est pourtant le point de non-retour du personnage de Sylvie prend très peu d’espace dans la narration.
Nina Bouraoui consacre plutôt ses lignes à tenter d’expliquer le point de bascule qui a fait que Sylvie sort de sa soumission et de sa réserve habituelles pour devenir cette personne en révolte capable de commettre un acte qu’elle sait être condamnable.
Le texte est court, percutant, dense. On sent effectivement tout le potentiel théâtral de ce personnage de femme puisque ce texte a été réécrit à partir d’une pièce de théâtre de 2013.
Nina Bouraoui met en exergue toute la violence du monde du travail et de la société à travers les épreuves que traverse Sylvie, cette femme sans illusion qui voit sa vie s’étioler lentement. Un portrait de femme marquant et intense.