Il y a dans ce livre un petit quelque chose de fascinant, d'absolument édifiant et terrible: malgré la et les longueur(s), malgré les profusions, les mélanges et le souci du détail, le souci de l'ensemble, le souci des histoires, le souci de l'Histoire, l'auteur ferme le sac. J'entends: en tant que lecteur, on est forcément un peu perdu, un peu noyé dans ce grand ensemble, malgré les tableaux, malgré le talent de conteur de l'auteur; mais l'auteur, justement, ne se perd jamais. On sens le fil d'Ariane. A tout moment, on risque de s'y prendre les pieds, mais il y a quelque chose, au fond, un truc qui se dit, fermement. Un truc difficile à résumer, mais qui est là. Un truc perdu mais qui le sait, un truc qui lutte en s'écrivant, pour nous, pendant que nous luttons à lire, contre la poussière oxydante, posée sur tout. Une humanité vivante et vibrante et fanée. Un truc qui vous tient par là où ça fait mal, mais qui vous dit: c'est pour ton bien. Il y a une hauteur prise. Un aperçu du labyrinthe, de haut, de loin, sans qu'il soit possible de savoir s'il y a bien une sortie.
Un texte plus grand qu'une vie humaine - et par là, un peu difficile quand on n'a que celle-là.