Que recherches-tu ? Continuer à vivre ? Mais est-ce pour sentir, vouloir, se développer, cesser ensuite, user de la parole, penser ? Que trouves-tu en tout cela qui vaille d’etre désiré ?
Pensées pour moi-même de Marc Aurèle est un livre que l’on ne lit pas une fois, mais que l’on fréquente, année après année, comme un refuge fidèle. Que l’on ait ou non la Bible, peu importe : celui-ci demeure nécessaire près de soi.
J’avais 16 ans, un 17 janvier, lorsque Félix me l’a offert, pour que je puisse y puiser les conseils d’un autre dont une partie des pensées étaient déjà miennes.
Je n'en savais rien.
Une seule phrase était surlignée au stabylo, comme un fil tendu pour me guider si jamais je venais à me perdre, ou à douter de ma foi : "Bienheureux que je suis, puisque telle chose m’étant arrivée, je persiste à être exempt de chagrin, sans être brisée par le présent ni effrayé par ce qui doit venir"
C’est un livre moraliste, certes, mais libre à chacun d’y puiser ce qu’il veut. Marc Aurèle savait la vie brève, il en tirait une exigence : celle de lui donner un sens, malgré nos peurs, malgré notre fragilité, malgré nos élans contraires. Et aujourd’hui encore, à chaque relecture, une nouvelle maxime résonne en moi plus fort qu’un tambour, comme si elle m’était destinée depuis toujours. Marc Aurèle est sans aucun doute devenu, au fil du temps, une présence familière. Mon ami silencieux qui me comprend sans me juger. Je le lis, relis ses pensées, et j’ai continuellement l’étrange sentiment qu’il me lit aussi, et que sans toujours parfaitement penser comme moi, nos pensées sont traversées des mêmes ombres à la recherche d’une même lumière.
"L’âme se colore par l’effet de ses pensées… Là où il est possible de vivre, il est aussi possible de bien vivre."