Mo Hayder a un talent réel pour installer une atmosphère — l'île isolée, la secte, le journaliste qui débarque avec ses certitudes et les voit se désintégrer progressivement. La première partie de Pig Island est efficace dans ce registre : oppressante, bien rythmée, avec une vraie promesse de noirceur.
Le problème de Hayder, ici comme ailleurs, c'est que ses révélations finales portent un poids que le reste du roman n'a pas toujours préparé. La fin qui t'a perdu n'est pas un accident — c'est une habitude de l'auteure de basculer dans un territoire body-horror/thriller psychologique qui demande un réajustement brutal de ce qu'on croyait lire. Elle joue sur plusieurs registres à la fois — thriller criminel, horreur, drame familial — et la couture finit par se voir.
Sur la fin spécifiquement : sans trop dévoiler pour qui lirait la critique, Hayder s'intéresse moins au mystère de l'île qu'à ce que les personnages sont capables de se faire les uns aux autres par amour ou par haine. Le surnaturel apparent se referme sur du très humain — peut-être trop brutalement pour que la résolution paraisse gagnée.
Ce qui reste : une plume efficace, un sens du malaise bien dosé dans la première moitié, et une capacité à créer des personnages réellement déplaisants qu'on suit quand même.
Un Hayder moyen dans sa bibliographie — ni son meilleur ni son pire. Pour les amateurs du genre, lisible. Pour les autres, commencer par Birdman serait plus judicieux.