Les cinéphiles le savent, un plan américain consiste à cadrer un personnage ou groupe de personnages à mi-cuisse, ce qui s’avère caractéristique du cinéma américain des années 1910 à 1940. Avec Bleeker and Bowery (titre original) nous sommes à New York, à la fin des années 70. Le narrateur, Paul (alias Pablo), fils d’un boutiquier (mercerie), rêve au désespoir de ses parents, de sortir de son milieu d’origine pour réaliser des films. Il fait les études nécessaires et commence à fréquenter les fans de la Nouvelle Vague française. En effet, dans les petites salles de Manhattan, les films de François Truffaut et ses amis font les belles heures du quartier. Pablo devient ami avec Jay Gladstone qui, lui, ambitionne de devenir producteur. Et Pablo est séduit par la charmante Kit venue d’Afrique du sud et qui rêve de devenir actrice. Dans l’immédiat il lui faudrait une green card pour pouvoir séjourner aux États-Unis où elle est arrivée comme touriste. Quant à Jay, il est séduit par Avery, une jeune Noire à l’allure de déesse, le genre qui attire immédiatement le regard et donc que les caméras aiment naturellement. Actrice pour le théâtre, Avery ne dédaignerait pas un rôle au cinéma.


Beaucoup d’éléments se mettent en place. Ainsi, Pablo ne se contente pas de vouloir réaliser un film, puisqu’il en écrit le scénario. Il y réserve le rôle principal à Avery dont le physique donne rapidement une indication sur les grandes lignes du scénario.

Le film qui donne quasiment le tempo de ce roman, c’est Jules et Jim (François Truffaut – 1962) où Jeanne Moreau mène deux hommes par le bout du nez. Nous aurons une sorte de parallèle dans le roman. Mais, ce roman montre avant tout la difficulté de réaliser un film quand on débute dans ce métier. Tout s’en mêle. Le scénario est discuté âprement, bien que ce soit entre les deux amis que sont Pablo et Jay. La distribution fera l’objet de véritables marchandages qui font intervenir d’autres points fondamentaux. Il convient ainsi de préciser que Jay se propulse producteur sans vraiment réaliser dans quoi il s’engage. En effet, s’il a quelques relations, il n’a aucune fortune personnelle à investir.


Il ne faut surtout pas s’arrêter aux premières impressions un peu confuses à cause du nombre de personnages. En effet, dans un style agréable, l’Américain Seth Greenland nous immerge vite dans ce milieu du cinéma d’une époque révolue dont il nous fait partager une certaine nostalgie. En 54 chapitres et 313 pages, il met en scène de nombreuses péripéties, dont des histoires d’amour. Le moteur de l’intrigue, ce film que Pablo veut absolument tourner, le confronte à des tractations très diverses. Vie privée et ambition professionnelle se trouvent intimement mêlées. Le milieu du cinéma est décrit sans complaisance, mettant en lumière les difficultés à réaliser un premier film. Comme dans sa vie privée, Pablo doit constamment faire des compromis. Il l’accepte dès le début, avec le job alimentaire qu’il accepte pour payer ses études : rédiger des critiques de film d’un genre bien particulier. De plus, pour pouvoir tourner, il va devoir faire avec les investisseurs trouvés par Jay. Par moments, cela n’est pas sans rappeler l’ambiance qu’on trouve dans le film Anora (2024) de Sean Baker.

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le 26 juil. 2026

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