Personnage très attachant, bête de scène, Didier Chappedelaine, dit Wampas, du nom d'une tribu dans "Rahan", raconte ici son parcours musical, lui qui est maintenant, avec son groupe, un des rares survivants encore en activité de la vague alternative des années 80. Pour lui, la musique est avant tout une passion, un jouet formidable qui lui a permis de garder une part d'enfance. Il n'a jamais voulu être intermittent du spectacle: son "vrai métier", jusqu'à la retraite, fut électricien à la RATP, ce qui lui permit de garder les pieds sur terre et de ne pas devenir un de ces rockeurs déconnectés de la réalité. La musique, il l'a toujours faite pour le plaisir, comme il s'en explique: "Ce n'était pas grand-chose, ce que je gagnais, mais ça suffisait [...], je pouvais faire ce que je voulais. Je m'en foutais de me faire virer d'une maison de disques, de passer à la radio ou pas, de faire des conneries, des mauvais choix de carrière. [...] Ce n'est pas du show-business que je faisais, c'était une démarche artistique. Donc, à mon avis, ce n'est pas possible de concilier démarche artistique et essayer d'en faire son métier".
Cette attitude, qui prouve l'intégrité et l'intelligence de Didier à ceux qui pourraient ne le prendre que pour un pitre (qui n'a jamais vu les Wampas sur scène a vraiment raté quelque chose), constitue aussi, paradoxalement, la limite du livre. Lequel retrace plus de quarante années de carrière, mais d'une manière assez répétitive: enregistrement, tournée, enregistrement, tournée, tournage éventuel de clip, changements de musiciens (en général portraiturés sommairement), etc. Pas d'ego surdimensionné donc, pas de drogues, peu d'alcool, pas de drame relaté (en dehors du suicide du guitariste Marc Police en 1991), ce qui explique en partie la longévité des Wampas.
Didier Wampas évoque des collègues ou le show-business, distribue quelques caresses ou coups de griffes, raconte des épisodes marquants, comme ce concert en plein air, au festival de Bobital, où, à son imprudente invitation, le public bombarda de boue non seulement lui, mais aussi les autres musiciens, les instruments, les amplis, toute la scène: "les copains, ils n'étaient pas très contents, la guitare de Philippe était dégueulasse, ça le rendait dingue". Ou lorsque le vigile de Skyrock lui refusa l'entrée de la station, alors que Passi l'avait invité (il fit finalement l'émission, mais très contrarié, et en tira plus tard la chanson "Viré de Skyrock"). Côté vie privée, la pudeur est de mise: il faudra dépasser la 200ème page pour apprendre que Didier a une fille et deux grands garçons (ses enfants l'ont accompagné dans son groupe Sugar & Tiger). On a aussi tous les textes des chansons, mais les commentaires en restent très anecdotiques, Didier admettant écrire souvent ses textes au dernier moment et rapidement, souvent à partir d'une idée ou d'une phrase qu'il a trouvée marrante.
Un parcours exemplaire, un récit intéressant, mais donc un peu ronronnant.