Grand bouquin ? Peut-être... Il est en tout cas considéré comme l'un des monuments de la littérature mondiale. Si l'on peut se poser la question de la qualité, assez subjective, on ne peut en revanche se poser celle de la quantité : l'animal est un pavé de près de deux mille pages... très digeste, heureusement. Mais le problème, c'est qu'avec un roman fleuve, certains défauts ne passent pas, et peuvent devenir rédhibitoire.
Ainsi, le contexte de l'invasion japonaise de la Chine, et surtout de Pékin, incite l'auteur à adopter un ton moralisateur. Le livre est émaillé, par-ci par-là, de sentences implacables sur les malheurs d'un pays occupé, la lâcheté d'un peuple dominé, etc. Les japonais sont bien sûr le mal absolu (opinion que l'on peut aisément comprendre de la part d'un chinois qui a connu cette invasion, et a pu vivre la terrible cruauté dont a fait preuve l'occupant). Les chinois quant à eux, sont majoritairement lâches, et Lao She se lance souvent dans un exercice d'auto flagellation malheureux. Tout ceci n'est finalement que la manifestation d'un manichéisme dont la littérature actuelle (et plus encore le cinéma) fait souvent preuve.
Ce qui, pour un lecteur de 2012, est vraiment dérangeant, ce sont les théories physiognomonistes dont l'auteur est friand. Pseudoscience très en vogue au XIXe siècle, la physiognomonie associe traits de caractères et apparence physique. Ainsi, plus les personnages de Lao She sont méchants, plus ils sont laids. Seule exception : une jeune fille au physique exceptionnelle. Mais dans son cas, sa beauté est l'annonce de sa dépravation, qui la verra progressivement s'enlaidir. Sa sœur, d'ailleurs, au physique ingrat, devient presque belle à la fin, lorsqu'elle s'est définitivement rangée du bon côté.
Le roman n'en est pas moins un témoignage exceptionnel sur la vie quotidienne à Pékin, dans les années 30-40. Un Pékin centré sur l'habitat du petit peuple (les hutong), qui a malheureusement presque disparu, surtout depuis les grands travaux des JO 2008.
BenB
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le 27 juil. 2012

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