Extrait :
"Les maîtres ne meurent pas, c'est ce que je croyais enfant ; ils sont éternels, à l'abri ombragé des guardarrayas : la richesse de leur vie les protège de la mort. Et leurs si beaux enfants à la peau claire, bien vêtus, radieux, sûrs d'eux. Je haïssais la rutilance de leur désinvolture et celle du vernis de leurs chaussures. Je maudissais Amalia, l’aînée, ses cheveux caramel, ses joues veloutées et ses dents blanches. Elle adorait les mangues immaculées. Je boitais et Amalia riait. Je l'aimais, je voulais les mangues et Amalia, lui ôter ses souliers vernis, lécher la poudre d'hostie de sa peau, sa douce voix éduquée me lirait la légende d'Ambaco y Aguatí. Lis, Amalia, raconte, petite tortue insaisissable, ma jicoteíta, tandis que je te couvre de ma sueur : Aguati, langué, langué, langué…"