Deuxième roman de Guillaume Lebrun, repéré pour son premier il y a quelques années (Fantaisies guérillères, pas encore lu), Ravagés de splendeur avait tout pour me plaire. Son sujet et personnage principal est Héliogabale, empereur-impératrice romain du IIIe siècle dont j’ai découvert l’existence l’année dernière à l’occasion de la parution de la pièce inédite et éponyme de Jean Genet. Quel nom ! C’est ce qui me plaît le plus dans la longue histoire romaine : les noms, et en particulier ceux des empereurs. Auguste, bien sûr, primus inter pares, mais aussi Caracalla, Marc-Aurèle, Diomitien, Dioclétien… C’est tout de même ça qui reste dans l’Histoire, la mémoire partagée du passé, les noms. Et donc, Héliogabale. On entend hélios, le soleil, et ce mot si mystique et mystérieux de cabale. J’apprends que Guillaume Lebrun, précédé de sa réputation de styliste inventif et pop (toujours recommandé au Masque par Élisabeth Philippe de L’Obs), s’empare de cette figure historique : je suis immédiatement ferré.

Héliogabale est un empereur venu de Syrie, lointain descendant des Sévère et de Caracalla, couronné grâce aux manigances de sa grand-mère. Il est prêtre de Baal et amène avec lui sa religion étrangère à Rome. Très vite, il décide de se faire genrer au féminin et devient donc impératrice ; il choisit pour épouse la Grande Vestale, Aquilia, gardienne du feu sacré, prêtresse d’une autre religion que la sienne (donc) et promise à la chasteté, et ils forment un trouple avec un ancien esclave grec, Hiéroclès.

La matière est formidable. Le problème, c’est qu’à la lecture, j’ai la sensation de lire une notice Wikipédia légèrement romancée et découpée en chapitres. Où est le flamboyant styliste des Fantaisies guérillères ? L’écriture est passe-partout, aucune phrase ne m’a accroché. On alterne les points de vue du trouple sans grand intérêt ; et surtout, on comprend un peu trop le projet : montrer le rejet d’une personnalité transgressive, queer avant la lettre, bisexuelle, étrangère, et en faire le début de la décadence annonciatrice de la chute d’un Empire romain obsédé par sa grandeur perdue qu’il cherche à tout prix dans un retour aux sources « nationaliste », xénophobe et latino-latin. On soupire. J’espérais lire un livre dans le sillage de La Nuit des orateurs d’Hédi Kaddour, peut-être mon roman préféré, se déroulant aussi sous l’Empire, mais restituant avec la langue et l’écriture ce monde perdu et englouti, si différent du nôtre. Là, pas du tout, c’est une biographie romancée sans relief stylistique, sans souffle romanesque (on sait tout de suite que ça va très mal finir, tragédie en cinq actes, tout ça), avec beaucoup de cul. Bon. Ce n’est pas une lecture désagréable, mais je trouve dommage de ne pas faire plus de cette formidable figure d’Héliogabale.

antoinegrivel
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le 15 juin 2025

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Antoine Grivel

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