Quand on parle de notre patrimoine littéraire français, les noms fusent, avec toujours en tête les mêmes récits : le romantique Victor Hugo ne sort jamais sans ses Misérables, Flaubert ne peut s'empêcher de se pavaner en compagnie de sa Madame Bovary, Zola face à son Germinal , Balzac et ses Illusions Perdues... et on en oublie encore tant d'autres !
Pourtant, croyez le ou non, mais la plupart de ces auteurs (et autrices) n'ont pas fait que verser dans le récit champêtre, dans la tranche de vie, dans le drame ou dans l'historique... Ils ont aussi eu leur part de fantastique, avec pour volonté ferme de lever le voile derrière la morne réalité, afin d'en contempler sa portion la plus étrange. Mieux encore, bon nombre d'auteurs français oubliés ont exclusivement versés dans la veine du fantastique, offrant une profusion de récits tantôt surnaturels, tantôt folkloriques, que l'on remet bien trop souvent au fond du placard, comme c'est le cas de Théophile Gautier, pour ne citer que lui.
J'aime de tout mon être les écrits de Théophile Gautier. Chef de file du fantastique/romantisme français, il s'illustre par une plume sans pareille et par un usage maitrisée de la description détaillée. Il est toujours bon de rappeler ces thématiques phares que sont les espaces et temps infinis ainsi que la mort d'une femme aimée, comme par la métaphore d'une étrange cafetière étrange qui, le temps d'un soir et d'une danse, aura symbolisé l'être aimé absolu. Dans Omphale, par exemple, cette célèbre reine de Lydie, ayant acheté la servitude du légendaire Hercule, eut droit à une représentation picturale par le peintre Rubens, mettant en scène l'inversion des rapports et cassant au passage la figure d'un Hercule mythique et imperturbable.
Cette fameuse toile a été l'occasion pour Gautier de narrer avec un certain humour et beaucoup de fantastique l'histoire d'un jeune homme tombé amoureux d'une Omphale prenant vie et quittant la tapisserie dans laquelle elle était enclavée. En pleine période de candeur et de naïveté juvénile, ce simili de chérubin s'éprend de l'impossible et de l'inanimé, à la manière d'un Onuphrius.
Les mots me manquent alors pour montrer avec quel talent et quelle richesse de mots et d'humour l'auteur parvient à développer cet amour étrange, hors du temps et de l'espace, côtoyant deux dimensions : le réel et le pictural.
Bref, j'adore Théophile Gautier.