Ruth Klüger a eu le talent de proposer unrécit estomaquant de malice et de légèreté sans ne rien occulter du drame qu'elle a vécu.
De quoi s'agit il ?
Narrer les pérégrinations d'une petite fille juive de Vienne à Auschwitz-Birkenau puis ses premiers pas à New York en tant que migrante.
Dans son autobiographie, l'écrivaine adopte globalement une douce sérénité pour aborder l'innommable (l'ostracisme puis l'extermination des juifs par millions).
Une bonne dose d'humour également pour prendre du recul et apporter sa vision de femme.
Mais la souffrance est pourtant omniprésente.
Car dans Refus de témoigner, la lucidité prime.
La réalité y est cruelle (les poux des ghettos, l'odeur des cheminées des camps, la violence des Nazis...).
Le tourment psychique face aux multiples formes de la mort qui rode ne nous quitte jamais, du début jusqu'à la fin du récit.
La manière d'exposer la complexité des attitudes des Allemands, des Juifs ou même des "libérateurs" américains nous invite à ne pas tomber dans des raisonnements simplistes.
Ruth Klüger a fait le choix de ne jamais se départir d'une vitalité qui se traduit autant dans le fond que dans la forme de l'ouvrage.
In fine, loin d'écrire une thèse victimaire assommante, l'écrivaine nous a offert un témoignage fort dont l'apparente légèreté (sa forme) ne nous fait jamais oublier la gravité des événements (le fond).
PS : une fois encore le syndrome de la traduction française a frappé. Le titre originel est Weiter Leben (Continuer à vivre) ce qui est beaucoup plus cohérent avec le contenu du livre.
Début des années 1980, lors d'un voyage à Göttingen alors qu'elle vivait en Amérique depuis la fin de la 2nde guerre mondiale, Ruth Klüger a été victime d'un accident (a priori intentionnel). En étant ramenée brutalement à la violence du passé, cet événement a éveillé en elle la nécessité de témoigner et de rédiger l'ouvrage sus nommé.