Avant d'aborder ce foisonnant roman, il faut pour mieux l'apprécier faire un petit détour sur la ville de Trieste, sa géographie et son histoire.
Cette ville frontière est située au pied des Alpes, au bord de la mer Adriatique, enclavée entre la Slovénie et la Croatie.
Ville carrefour par son histoire complexe entre trois civilisations, italienne (depuis 1918), germanique par son passé attaché à l'empire austro-hongrois
et slave par sa proximité avec les Balkans.
TRIESTE est le personnage central de ce roman.
Pour l'invoquer, la remettre en lumière, F.Manzon fait appel à d'autres figures.
ALMA, enfant de cette ville cosmopolite, aujourd'hui journaliste installée à Rome, elle a fui Trieste, une famille compliquée et une relation
amoureuse ancrée dans sa mémoire avec comme un goût d'inachevé.
Elle revient dans sa ville natale pour régler l'héritage de son père.
Ce père, sans nom, est un autre personnage important, bel homme, énigmatique, beau parleur, souvent absent et cette absence pour sa
fille Alma est sujet à toutes formes d'imaginaires.
Ils se retrouvaient sur une île au large de la Croatie du temps de l'ex-Yougoslavie dirigée par le maréchal TITO, un pays communiste qui
après la seconde guerre mondiale et pendant la guerre froide adoptait une position indépendante vis à vis de l'URSS.
Ce chef d'Etat instaure une dictature et élimine tous ses opposants et le père d'Alma aurait fait partie de son proche entourage.
La vie d'Alma bascule lorsque ce père adulé introduit dans cette famille bancale un jeune garçon, VILI, un ado comme elle, renfrogné, taiseux
qui vient d'ailleurs, de ce pays éclaté après le décès du dictateur en 1980.
Alma et Vili tombent amoureux sans le savoir tant leurs relations sont tumultueuses et inconfortables.
Avant de se retrouver à Trieste, il y a eu des guerres, des massacres, des nettoyages ethniques de 1991 à 2001, une dislocation violente de l'ex-Yougoslavie en plusieurs états indépendants.
Des conflits sanglants où on tue ses voisins pour reconquérir des
territoires et une identité ignorée des traités.
Vili est serbe et photographe.
Alma est italienne et journaliste.
Ils vont se retrouver dans cette ville riche d'un passé oublié et malgré eux seront les témoins de la folie des hommes.
Trieste, autrefois ville portuaire, rivale de Venise, où l'occident et l'orient faisaient bon ménage dans une ambiance stylée entre baroque
et Art nouveau, avec un langage universel grâce aux écrivains multilingues et Triestins comme Italo Svevo et Claudio Magris, un vrai plaisir littéraire.
Une lecture enrichissante à la croisée des conflits historiques et émouvante par la rencontre de deux êtres perdus dans une absence qui nourri l'attente.
Citation de Roberto Bazlen : "....quand le sang slave se mêle au sang italien, quand la santé primordiale slave s'unit à un certain raffinement latin...".