Dark Was the Night, Cold Was the Ground.


"Cette nuit-là, j’errai longtemps encore sur les boulevards. Cette nuit, je me promis de garder toute ma vie, toute ma vie, les pièces d’argent de Zinotchka. Quant à Zinotchka, je ne l’ai plus jamais rencontrée. Grande est Moscou et il s’y trouve beaucoup de monde."



Moscou et ses boulevards. L’adolescence et son apprentissage. L’amour et la drogue. Sonia et la cocaïne... Roman avec cocaïne est un roman illustré, illustré d’images qui se construisent dans l’esprit de celui qui se promène sur ces phrases longues comme des boulevards. Des boulevards où les becs de gaz brillent, illuminant les pensées diverses sur la nature des choses, les dualités qui construisent le monde intérieur comme extérieur. Roman avec cocaïne est non seulement un roman sur les perceptions, mais surtout sur la perception. Percevoir l’événement qui se répercute aux quatre coins de sa propre conscience, percevoir les oscillations de l’âme et cette balançoire qui va et vient de la noblesse à la bestialité, l’un n’allant pas sans l’autre. Et on se rappelle les deux désirs naissant de Vadim face au prêtre : "Ces deux désirs étaient comme le parfum et la puanteur : ils ne se détruisaient pas, ils se soulignaient l’un l’autre." Les dualités exposées dans Roman avec cocaïne sont exactement comme cela, comme le parfum et la puanteur. Tout n’est que dualité et asymétrie. Et au milieu, à la frontière des concepts, Vadim tel un funambule lutte contre le vertige, l’équilibre toujours précaire. Ainsi, comprendre la virilité et la sensualité…



"Donc, il est juste et vrai que la séparation du spirituel et du sensuel chez un homme est signe de sa virilité, et la séparation du spirituel et du sensuel chez une femme est signe de sa prostitution. Et il suffirait que toutes les femmes, ensemble, se virilisent, pour que le monde entier, se transforme en bordel."



…amène à comprendre l’homme et la femme :



"Pour un homme amoureux, toutes les femmes ne sont que des femmes, à l’exception de celle qu’il aime – elle est pour lui un être humain. Pour une femme amoureuse, tous les hommes ne sont que des êtres humains, à l’exception de celui qu’elle aime ; pour elle, c’est un homme."



Et alors que l’ultime page est tournée, quand Vadim disait que "La musique – c’est la représentation sonore, simultanée du sentiment de mouvement et du mouvement du sentiment.", on se dit que Roman avec cocaïne, c’est la représentation imagée, simultanée du sentiment de confusion et de la confusion des sentiments.


Ajoutons à cela le mystère autour roman, l’histoire au-delà du papier… Et je termine ces mots alors que les critiques d’Obstiné, de Lucid ou encore celle de VilCoyote suffisaient, pourtant il y avait comme ce besoin d’écrire sur Roman avec Cocaïne, comme une force qui ne demandait qu’à être extirpée de moi, lecteur, de le faire, même si cela était vain, comme une envie d’aller errer sur les boulevards, peu importe où mène la nuit. Vaste est la littérature et il s’y trouve beaucoup d’auteurs. Pourtant, avec un seul et unique roman, Maurice Aguéev de son vrai nom Mark Levi, a laissé sa marque et il est inutile que je me promette de garder toute ma vie, toute ma vie, le souvenir de Vadim Maslennikov. Je le rencontrerai à nouveau.

Templar
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le 21 mars 2013

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