*La mémoire est au centre de tout,
vous le savez? La manipuler,
c'est manipuler le monde.*
Alexandre Jaqua, *Seconde chance*
Premier roman d'Alexandre Jaqua et premier succès.
Alors, oui, certes, on dira que le thème de l'individu qui découvre que sa vie est un leurre est inhérent à beaucoup de livres à suspens. Je répondrai que c'est en fait un sujet universel répondant à la question de toute oeuvre littéraire: "qui suis-je?". Voyez Marthe Robert pour tout approfondissement de la question qui n'a ici pas lieu d'être.
On me dira aussi que les implants, les explosifs placés dans la tête, c'est du déjà vu et revu cent fois. On me citera sans doute K.Dick - qu'effectivement Jaqua cite via Spielberg, Gibson pour Johnny Mnemonic, le Matrix des Wachowsky aussi. Je répondrai alors: "voyez-vous donc tous ces pontes de la science-fiction que ce jeune écrivain fait dialoguer dans son tout premier roman?".
En dehors de toute considération relative à l'intertextualité, on peut dire que ce roman est prenant d'un bout à l'autre et qu'il implique son lecteur par son je narrant et témoignant d'une secousse technologique mondiale censée nous frapper dans... environ cinq ans!
C'est à la fois là que le haut s'orne et que le bât blesse. Le lecteur suit une histoire banale présentée avec un souffle déjà haletant d'un incipit in medias res et se retrouve par les moyens du fantastique progressivement plongé dans une science fiction terrifiante et dépassant l'imagination. Le problème se pose quant au choix de la date assez précoce qui risque de vite faire dater l'oeuvre. Ce pari vernien étant ce qu'il est, il réserve à son récit soit le charme de la science-fiction classique présente dans Starmania ou Retour vers le futur - se déroulant respectivement en 2000 où la terre a fait place à Monopolis et 2013, futur de McFly, où les skate-board et les voitures volent - soit le génie visionnaire d'une oeuvre ayant su deviné l'inconcevable pourtant devenu réel.
Le thème réellement essentiel dans cette oeuvre est le thème de la mémoire, interrogée en tant que mémoire tant individuelle que collective. Sans être le héros de Ludlum bien connu, Grégory, le héros de Seconde chance, est amené à se questionner quant à ses propres souvenirs et l'importance qu'ils ont pour s'accomplir dans la vie: vaut mieux savoir, ne pas savoir, oublier? Et ce questionnement, le lecteur peut le reprendre et l'appliquer aux alliés du héros comme à l'humanité toute entière présentée dans le roman qui fait l'un de ces choix en six ans - presque comme en un quinquennat. Mais le roman pense aussi à l'influence que la science peut avoir sur la mémoire et les implications d'une telle influence. Exit la défense d'accès à l'Histoire du vieil Orwell, jouons et dominons à la source même du pouvoir: la capacité à se remémorer ou à ne pas vouloir le faire. En cela, Alexandre Jaqua apporte une nouveauté à la réflexion de 1989.
Néanmoins, c'est un très bon premier roman qui a le génie de faire évoluer son personnage en nage et en âge pour parvenir à toucher un large public des Young adults aux adultes tout court.
Il apporte à son final ce que tout être parvenu à cette période de la vie rêve d'obtenir.
Et pour ceux et celles qui n'ont lu ni K.Dick, ni Gibson, ni Brown, ni Asimov, ce livre est pour vous car il vous permet de rentrer progressivement dans l'univers de la science-fiction: il vous en offre une seconde chance.