J'avoue, après avoir lu en 2008 "Chaos calme", une claque, un coup de poing littéraire dont les vibrations résonnent encore aujourd'hui dans mon parcours de lectrice, j'ai négligé les oeuvres postérieures de cet auteur italien et mal m'en a pris.


Sandro Veronesi a un diplôme d'architecte mais après sa lecture dévorante des grands auteurs comme Beckett, Pasolini, V.Hugo et d'autres, il délaisse "les monuments de pierre pour ceux de papier".

Son nom et ses écrits sont devenus une figure, un socle incontournable de la littérature italienne contemporaine depuis 30 ans.

Ses thèmes majeurs, les liens humains et leur fragilité, les relations familiales, sociales, amoureuses qui fonctionnent mal, des malentendus, des mensonges,

tout ce qui peut basculer en un instant et définitivement.

C'est le cas dans "Septembre noir", pour le narrateur Gigio, âgé de 12 ans et pour la postérité, les évènements tragiques de cet été 1972, les jeux olympiques de Munich où une prise d'otages a massacré onze sportifs israéliens.

Le décor est planté.


1972, un électrochoc et notre pré-adolescent, Gigio, issu d'une famille très aisée, passe ses vacances sur la riviera toscane, entre innocence et éveil à la vie, premier désir et premier amour.

Mais dans ses premiers émois en sourdine, la menace gronde et un drame familial éclate comme une stupeur qui rejoint celle des attentats des J.O. et l'organisation terroriste "Septembre noir", toutes proportions gardées.

Dans cet atmosphère tendue, l'auteur étire le temps, pour mieux profiter d'une ambiance, les chansons des années 70, l'espoir d'un premier baiser, la chaleur et

la somnolence en bord de plage avant le coup, celui qui tranche net ce roman et qui rompt une harmonie, un confort qui semblait acquis, une bulle qui éclate.

Une désillusion pour Gigio, non seulement pour le monde des adultes qui l'entourent mais aussi pour le monde des sportifs en qui il avait une confiance et une admiration sans bornes, ce sont ses héros, lui qui se sent si seul et pas grand chose face aux champions adulés. A l'époque, tout est retransmis à la radio et c'est jouissif et partagé dans tous les coins du monde.

Il prend conscience de cet univers clandestin des adultes, les non-dits, la face cachée.


L'auteur qui raconte cette histoire est aujourd'hui un homme de 60 ans, il se donne l'autorisation d'étaler ses souvenirs de ce fameux été 1972.

Il essaye de vivre dans sa mémoire et de donner le plus de détails possibles pour les lecteurs que nous sommes.

Ecrire pour reconstruire et ne pas perdre des bribes de son passé, et donner une profondeur à nos vécus.

Pour moi, S.V. a réussi a évoquer une qualité du temps qui passe, aujourd'hui où tout va vite, il ralentit, avec la complicité du lecteur parce qu'il ne veut pas le perdre en chemin ou l'ennuyer.

Une relation intime, le temps de la lecture du roman.

S.Veronesi nous dit qu'il faut apprendre à regarder et se poser les bonnes interrogations, peut-être finalement le but de la littérature ???

Et en plus le narrateur Gigio, adulte, est devenu traducteur, quel beau métier pour aussi aller vers un ailleurs.









bonnie1960
9
Écrit par

Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur.

Créée

le 17 févr. 2026

Critique lue 126 fois

Septembre noir

Septembre noir

9

bonnie1960

le 17 févr. 2026

Suivre

L'été 1972.

J'avoue, après avoir lu en 2008 "Chaos calme", une claque, un coup de poing littéraire dont les vibrations résonnent encore aujourd'hui dans mon parcours de lectrice, j'ai négligé les oeuvres...

On m'appelle Demon Copperhead

On m'appelle Demon Copperhead

9

bonnie1960

le 6 mars 2024

Suivre

Dickens à la sauce américaine

Avant tout, mon petit clin d'oeil nostalgique.Je découvre Barbara Kingsolver en 1996 avec son premier roman : "L'arbre aux haricots", l'histoire d'une jeune femme quittant son Kentucky natal à la...

Quand tu écouteras cette chanson

Quand tu écouteras cette chanson

10

bonnie1960

le 23 août 2022

Suivre

Une nuit au musée.

J'aimerais avant ma critique, partager avec vous un article paru ce 18 août sur le site "Actualitté": " La grande vague de censure américaine ne faiblit pas...au Texas, l'adaptation en BD du journal...

La Sentence

La Sentence

9

bonnie1960

le 11 oct. 2023

Suivre

Histoire américaine et amérindienne, sang mêlé.

Louise Erdrich est définitivement pour moi un grand nom de la littérature américaine et par l'histoire de ce grand pays, inévitablement un grand nom de la littérature amérindienne.Elle même de souche...