Septentrion se lit vite, il faut se laisser capter par le rythme cinglant de Calaferte pour ne pas être submergé par le flot débordant des mots, ne pas s'arrêter au sens de chacun mais saisir l'effet d'ensemble. L'écrivain a de la verve ! Certainement trop, se dit-on parfois. La sexualité occupe tout l'espace jusqu'à l'écœurement. L'œil porté au monde le juge et le condamne, mais Calaferte ne se laisse pas avoir par la commodité d'une extériorité ; il ne prend pas son sujet de haut, mais de face et l'affronte. C'est le récit d'une ambition dont on ne saura pas l'issue, sinon dans la matérialité même du livre : comment devenir écrivain. C'est dans la troisième partie que la tension se libère et qu'un souffle délivre le lecteur. La fin est sublime. Le monde de Septentrion n'est pas athée, mais comme chez Dostoïevski, celui où Dieu fait défaut.