Seul le silence
7.6
Seul le silence

livre de R. J. Ellory (2007)


L'envie de critiquer un roman m'apparait rarement.
Elle est chez moi un véritable papillon de nuit frivole.
Entré dans l'univers de « Seul le silence », des premiers froissements de pages jusqu'aux dernières lignes, ce besoin n'a fait que s'épanouir délicatement.
Il est de ces bouquins que l'on peut que conseiller, prêter ou même offrir.
Le plaisir insufflé par cette dernière hypothèse est d'ailleurs, inégalable.

Ma réticence à la critique littéraire s'explique par son pendant négatif, la crainte d'en lire.
Au final, il y a le risque d'en lire trop, d'en dire trop.
Se faisant, je m'abstiendrai de tout détail qui atténuerait le plaisir de lecture.

Venons-en à l'œuvre, unique et précieuse.
RJ. Ellory a un style d'écriture à couper le souffle, littéralement.
Son écrit possède deux atouts majeurs : la richesse du vocabulaire et la sensibilité poétique.
La justesse du regard est ahurissante.
Et bien plus que cela, je n'ose imaginer les heures de travail qu'a du demander un tel roman.
Cela pourrait être le travail d'une vie.

Il n'est pas anodin d'observer le photographe RJ. Ellory.
Comme dirait l'autre, pour être photographe, il ne faut pas seulement regarder, il faut voir.
RJ Ellory a vu, et vécu (serions nous tenté de croire) ce qu'il couche sur papier.

Un périple qui débute au milieu du XXème siècle en Géorgie (aux Etats-Unis), et qui trouve son dénouement de nombreuses années plus tard à New York.
Une histoire époustouflante et inaltérable.

C'est l'histoire d'une vie, celle de Joseph Vaughan (écrivain en herbe) et par la même occasion, le testament d'une modeste ville de Georgie : Augusta Falls.

Et milles fois plus que cela.

Dans la première partie de « Seul le silence », l'Histoire et l'histoire se côtoient.
Il y a d'un coté la guerre 39-45, perçue par Joseph (âgé alors d'une dizaine d'année) vivant dans une petite ville des Etats-Unis (le fantôme d'Hitler en toile de fond) et d'un autre coté, la « folie meurtrière » qui touche directement les habitants d'Augusta Falls.
Un sérial Killer s'en prend implacablement aux petites filles du coin.

Une telle histoire aurait pu être une accumulation de clichés, elle est précisément l'inverse.
J'apprécie dans ce roman le minimalisme des descriptions de scènes de crimes.
Une certaine pudeur face à l'atrocité.

Voila ce à quoi vous pouvez vous attendre dans les premières pages.
Ellory a le sens du rythme et tisse un univers hypnotisant, doté d'une intensité émotionnelle qui vous étreint au plus profond. RJ Ellory parvient à retranscrire l'évolution des personnages, des lieux et des époques de manière brillante.

Je ne suis pas fanatique des histoires de sérial killer, je les trouve bien souvent trop empli de voyeurisme et de pathos. Ici, soyez en assuré, ce n'est pas le cas.

J'ajouterai tout de même un petit bémol pour ceux qui souhaiteraient s'y aventurer sans y prendre garde, « seul le silence » n'est pas pour autant une cure de jouvence.
Il y a un pessimisme incontestable dans cet écrit, cette histoire est résolument ténébreuse.
Ceci étant dit, cela ne lui ôte en rien son caractère miraculeux.

Il y a enfin cette question qui m'est venue deux ou trois fois après avoir fermé un roman, au cour de ma jeune vie de lecteur :

Comment une seule personne a pu imaginer tout ça, et nous le faire vivre avec une telle intensité ?

Seul RJ Ellory a la réponse.

N'oubliez pas que la vie est trop courte pour lire de mauvais livres.
Si vous ne devez lire qu'un seul polar durant ces dix prochaines années, pensez « RJ Ellory », pensez « Seul le silence ». Vous ne vous tromperez pas.
murakamien
8
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le 27 sept. 2011

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murakamien

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