Siddhartha
7.7
Siddhartha

livre de Hermann Hesse (1922)

Le savoir se transmet, pas la sagesse.

Je n’avais lu jusque là qu’un seul livre de Hermann Hesse, Le Loup des steppes, une dizaine d’années auparavant, et ma mémoire en était devenue assez vague. Siddhartha attendant depuis longtemps dans ma pile, j’ai donc décidé de m’y plonger enfin.


Nous sommes transportés au cœur de l’Inde, mais le décor n’est finalement pas le véritable sujet du roman. Hesse raconte surtout une quête initiatique, une recherche du juste rapport à soi même et, plus largement, de la manière de bien vivre.


Siddhartha refuse successivement la voie tracée par son père, l’ascétisme des Samanas, l’enseignement de Bouddha, puis la vie des hommes ordinaires tournée vers l’argent, le désir et la possession. À chaque étape, il découvre qu’aucune doctrine ne peut lui fournir ce qu’il cherche. Le savoir peut se transmettre, mais pas la sagesse, qui ne peut venir que de l’expérience et de l’écoute de sa propre voix intérieure.


Le roman montre pourtant que cette recherche ne passe pas uniquement par le renoncement. Siddhartha doit aussi connaître l’amour, la richesse, la jouissance, l’ennui, la vieillesse et le dégoût de soi avant de comprendre que la sagesse ne consiste pas à fuir le monde, mais à l’accepter dans sa totalité. Cette compréhension ne peut venir que de l’expérience personnelle, puisqu’elle ne se transmet ni par les doctrines ni par les paroles. Ce qu’il méprisait autrefois chez les hommes ordinaires lui devient progressivement plus compréhensible dès lors qu’il en éprouve lui même les faiblesses.


Le livre devient encore plus pertinent avec l’apparition de son fils. Siddhartha comprend alors qu’il tente à son tour d’imposer à un autre la voie qu’il croit juste, exactement comme son père avait voulu le faire avec lui. Son fils rejette ce cadre et choisit de suivre son propre chemin, au prix de la souffrance de son père. Hesse montre ainsi que l’amour lui même peut devenir une forme de contrainte et que chacun doit commettre ses propres erreurs.


Le fleuve constitue finalement le véritable maître de Siddhartha. Il lui apprend à écouter, à ne plus séparer artificiellement les différentes étapes de l’existence et à comprendre que le temps, la joie, la souffrance, la faute et le salut appartiennent à un même ensemble. Rien n’est totalement univoque, car toute vérité porte aussi en elle son contraire.


Siddhartha apparaît donc comme une véritable profession de foi en faveur de l’individu, contre les doctrines imposées, qu’elles viennent de la famille, des maîtres, de la religion, de l’argent ou des puissants. Hesse ne défend pas pour autant un individualisme égoïste, mais une fidélité à soi même qui doit conduire à une plus grande compréhension des autres. Un roman simple en apparence, mais d’une grande profondeur, qui rappelle que personne ne peut emprunter notre chemin à notre place.

Gilead
8
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le 2 juil. 2026

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