Le premier point fort de Silo, c'est évidemment son univers. L'idée de cette immense structure souterraine, organisée sur des dizaines et des dizaines de niveaux, avec ses métiers, ses règles, ses ascenseurs, ses mécanismes et sa hiérarchie sociale, est vraiment séduisante. Hugh Howey réussit à donner au Silo une véritable existence : on visualise bien les lieux, on comprend progressivement leur organisation, et l'on a envie d'en savoir davantage sur ce monde clos dont on ne connaît finalement que très peu de choses.
L'histoire elle-même est également prenante. Le mystère qui entoure le Silo, ses origines et les raisons de son fonctionnement constitue un excellent moteur narratif.
Mais le roman, en plus d'être trop "étiré", souffre à mon sens d'un défaut assez important au niveau de la caractérisation des personnages.
C'est d'ailleurs assez paradoxal, car Silo veut régulièrement nous faire ressentir des enjeux humains et dramatiques importants, mais on a rarement le temps de s'attacher aux personnages concernés. Certaines relations semblent apparaître un peu de nulle part : on apprend par exemple que Bernard et Lukas sont proches et que Bernard souhaite en faire son « ombre », alors que le roman n'avait pas montré cette relation se construitre. Même problème lors de l'insurrection : le récit cherche à donner une dimension dramatique au destin de certains personnages, notamment Marck et Shirly, mais ils ont été si peu développés auparavant que j'ai eu du mal à ressentir l'émotion que l'auteur semble vouloir susciter. Je comprends intellectuellement que ce qui leur arrive est grave ; émotionnellement, en revanche, je ne les connaissais pas suffisamment pour que cela me bouleverse.
Et c'est peut-être là que se situe mon principal reproche : j'ai souvent eu le sentiment que le Silo était un personnage beaucoup plus intéressant que ses habitants.
J'ai envie de comprendre comment fonctionne cette société, pourquoi elle existe, ce qui se trouve à l'extérieur, quelles sont ses règles et son histoire. En revanche, les personnages me semblent parfois davantage servir l'intrigue qu'exister véritablement en dehors d'elle. Certaines relations, certains liens ou certaines émotions sont introduits au moment où le scénario en a besoin, sans avoir été réellement préparés.
Le twist final est par ailleurs, dans la même logique, trop précipité et sorti du chapeau.
Pas une mauvaise lecture, donc, mais avec le sentiment qu'il y avait matière à faire un roman nettement plus court et surtout beaucoup plus humain. Je ne vais pas poursuivre la saga mais je suis curieux de voir ce que la série a pu créer à partir de cet univers !