Sinestra
6.8
Sinestra

livre de Armelle Carbonel (2018)

Non sans vouloir directement me référer à la légende arthurienne, le choix du titre de cette "critique" provient surtout d'une sensation proéminente, qui se recrache directement de l'intérieur de mes propres boyaux.

Mon Dieu, quel plaisir que cette lecture ! Même si le terme employé dénote amèrement avec les réels sentiments que j'ai eu le Malheur - Bonheur - de côtoyer durant le récit.


De la torpeur, en passant par une colère viscérale, et des larmes montantes intenables, et où se love aussi une profonde tendresse. Les personn(ag)es que j'ai accompagnés durant toute cette aventure - et la suivante par ailleurs - m'ont donné du fil à retordre. Et m'ont même suivie jusque dans le Réel. J'étais assez surprise ce matin, assise sur ma chaise en plastique, dans la salle d'attente du dentiste, quand mes yeux se sont posés sur les patients alentours. Et que la seule idée qui me venait en tête était "Se cache-t-il un Monstre parmi eux ?". J'imagine que statistiquement, sur la petite dizaine, devait se nicher au creux d'une de ces cervelles, au minimum, une petite déviance dérangeante.


Soit. Ce qui m'a particulièrement saisie aussi, c'est le vocabulaire de l'Artiste. Soyons sincèrement honnête deux minutes, l'autrice a une verve Exceptionnelle ! Une manière si délicate de manier les mots, avec une musicalité hors-normes, presque écœurante tellement elle est Fascinante. Elle ne lésine pas avec les métaphores alambiquées, les comparaisons mortes, les champs lexicaux de la Chair, du Matériel, de la Nature, de la Peur, du Fantastique, et dépeint admirablement les lieux, avec tant de clairvoyance et de précisions, que c'est hypnotique de se plonger dans ses Histoires. Parce qu'on n'a pas simplement l'impression de les vivre, on s'imprègne dans les abysses, on Transpire les maux.


A vrai dire, cela fait des années que je n'ai pas commenté une œuvre, mais je me devais de revenir aux prémisses de mes propres passions, après avoir lu ce bijou. C'est sincèrement, la toute première fois, que j'ai l'impression de lire un roman d'Horreur. Loin de Stephen King, ou de Chattam. Aux antipodes de Dracula ou autres chimères empoisonnées. Je ne saurai expliquer avec justesse "Pourquoi". Néanmoins, lorsque je sens les poils se hérisser au détour d'un paragraphe, que je m'offusque en parcourant des lignes, que je me sens trahie par l'Inattendu ou l'Indicible après avoir dévoré certains chapitres, et que des perles roulent épisodiquement sur mes joues sans crier gare, me rendant indubitablement Triste après avoir fermé le livre,... Je ne peux qu'admettre ma défaite, et ranger cette Oeuvre au rang des Elus qui ont su percer mon Âme. Ce livre trônera dans mon musée des triomphes, pour l'instant à la première place même !


Dire que je suis tombée sur Enigma par hasard, et c'est en commençant après une cinquantaine de pages que j'ai réalisé que je ne pouvais poursuivre ma lecture, sans d'abord me pencher sur le Val Sinestra. Une surprise inattendue, mais tombant à point nommé. Je ne peux que recommander ce roman, même s'il est (très) Dur. Les thématiques abordées devraient peut-être faire l'objet d'un avertissement... ? En tout cas, je ne m'attendais pas à plonger, à ce point, dans l'Amoral. Et me perdre dans les routes écarlates et sinueuses du Mal. Et Pire, Aimer ça.


J'ai eu tellement d'Affection pour les enfants, presque Tous. Chaque calvaire, je l'ai ressenti avec eux, j'ai peiné maintes fois à reprendre mon souffle, j'ai senti des égratignures me lécher l'échine, j'ai entendu les railleries douloureuses, j'ai touché les murs et le chevalet avec ma peau dans l'Obscurité, et mon sang s'est Glacé tant de fois que je ne pourrais le décrire... Dans la forêt, au sous-sol, à l'étage, ou dans le froid. Le vent, les bourrasques et le Mauvais m'ont tant gelée dans ces contrées, alors que j'essayais péniblement de tenir leurs petites mains... Parallèlement, j'ai eu tellement de Compassion, de Douceur, que je voulais les serrer dans mes bras. A plusieurs reprises, et leur susurrer que Maman est là, et ne les abandonnera pas. Jamais. Probablement, resteront-ils toujours un peu avec moi désormais. Certains tout du moins. Ce sera ma façon à moi de les protéger. Surtout un clin d'oeil pour la petite étoile.


Il y a ceux qui rient encore, et ceux qui se tairont à jamais.

Parce qu'il y a à la fois le Noir vide et immense, qui - si, ou quand, le sort le permet - peut être rassuré par de timides constellations. Et l'Espoir, auquel il est important de ne jamais renoncer.


Merci, vraiment, pour cette lecture. Et aussi pour Enigma, que je vous recommande chaudement également.


Lellfee
10
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Créée

le 13 mars 2026

Modifiée

le 13 mars 2026

Critique lue 13 fois

Lellfee

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