Spin fait partie de ces innombrables titres de la SF américaine qui séduisent par leur proposition de base et les hypothèses qu’ils posent sans être capables de soutenir leurs enjeux d’un point de vue stylistique.
Alors que la Terre a été subitement recouverte d’une sorte de film invisible par une race extraterrestre inconnue qui l’emprisonne dans une bulle où le temps s’écoule bien moins vite que celui du reste de l’univers, Tyler Dupree est le témoin des parcours de la famille Lawton dont le rôle pourrait être crucial pour comprendre ce phénomène.
Avec des principes de hard-SF que l’auteur respectera jusqu’au bout, Spin est bien moins un thriller palpitant de SF avec complots politiques et questions métaphysiques que la tranche de vie de trois destins entrecroisés. Ceux de trois amis d’enfance qui restent unis par un lien aussi fort que pervers.
A rebours de ce que peut proposer la littérature SF classique, Robert Charles Wilson offre donc un point de vue humaine et terre-à-terre sur une menace extraterrestre et que l’on suit très facilement tout au long du roman. Néanmoins, l’auteur ne peut se pencher de nous faire suivre le destin de personnalités extraordinaires au centre des différents enjeux du Spin ce qui vient atténuer tous les enjeux soulevés par le récit. La question du « qu’est-ce qu’un simple humain peut faire face à une catastrophe qui le dépasse complètement », posée dès le début du roman, est donc entachée du fait que ce ne sont justement pas de simples humains qui se proposent d’y répondre.
La caractérisation de Tyler est l’autre faiblesse majeure du roman. L’auteur ne cesse de nous répéter à quel point son comportement et sa personnalité peuvent se révéler problématiques, cela ne se ressent jamais réellement. Les autres personnages ne cessent de caractériser et de désigner la personnalité de Tyler, le lecteur ne la perçoit jamais. La faute à un style littéraire certes efficace mais assez faible. Trop souvent Wilson tente des envolées lyriques ou métaphores mais celles-ci sont toujours trop grossières ou maladroites.
L’auteur a également ce fâcheux défaut à vouloir toujours expliciter et tout le temps. Les paroles implicites ou agissements sous-entendus n’ont jamais le droit d’exister, il faudra toujours les révéler et décrire.
Cela ne fait pas pour autant de Spin un mauvais roman, bien au contraire. Les relations qu’entretiennent Jason et Tyler avec E.D. et Diane sont touchantes bien que classiques et Wilson parvient à nous tenir en haleine sur le déroulé des événements bien que la majorité soit prévisible.
Sans être particulièrement fan du dénouement de l’intrigue, je dois reconnaître qu’elle reste crédible et cohérente avec le reste du récit. Pas de deus ex machina ni de retournement de situation grotesque de dernière minute. Il reste que le personnage de Tyler me semble tout aussi lisse et inintéressant à la conclusion du roman qu’à son début, mais peut-être était-ce là le but.