Et si Steven Soderbergh était un cinéaste profondément de gauche? Au-delà du militantisme à message : praticien de l'entrisme, adopter les codes de l'industrie pour mieux les détourner. Experimentateur formel et narratif, nerd de laboratoire, stanakhoviste de travail, à l'aise sur tous les formats, résistant aux plus cuisants échecs : un cinéma cérébral qui s'incarne dans tous les genres.
Soderbergh déclare ainsi : « Je crois que ce qui inquiète les gens des studios, c'est que je ne m'intéresse pas à l'argent. Ils dépensent d'énormes sommes pour pouvoir vous contrôler. » L'argent, le cinéaste en sait la valeur trouble tout comme il connaît le double sens du mot économie : structure d'un système collectif de production et de consommation des richesses, mais aussi habileté de chacun pour ne pas dépenser plus que ce qu'il peut gagner. D'un côté, l'entreprise de divertissement hollywoodien, inflationniste dans ses coûts comme dans son usage d'un spectacle autarcique, tapageur et standardisé ; de l'autre, sa petite entreprise artisanale où chaque film semble avoir été tourné avec moins de moyens que le précédent, sans pour autant renier son ambition d'en faire un modèle désirable et exportable. Mais l'économie de son cinéma est-elle encore soluble dans celle du cinéma états-unien?