Circonspection après la lecture de Super Cannes, mon premier Ballard. Le ton et la qualité d’écriture au début du livre m’ont terriblement emballé, mais je suis redescendu progressivement, ne sachant pas quoi faire de plusieurs aspects du roman. Car, s’il est à la fois intriguant et dérangeant, visionnaire et excessif, j’ai été gêné par sa caractérisation des personnages féminins et d’origine arabe ; bien sûr, le racisme et la domination masculine sont, a priori, des éléments critiques de cette société nouvelle dans laquelle les femmes et les étrangers sont des victimes expiatoires, mais j’ai trouvé que cela était fait sans aucune compassion, sans mise en perspective comme si cela n’avait pas d’importance. L’attirance borderline du protagoniste pour les jeunes filles est également assez gênant (bien que je comprenne la volonté d'illustrer l'idée que TOUS les hommes ont des vices, sans forcément y céder). D’ailleurs, en passant, le protagoniste est relativement antipathique et peu compréhensible.
La posture du livre est intéressante dans son exploration du fonctionnement d’une petite caste libérale qui annoncerait les valeurs du nouveau monde. Malgré tout, Ballard semble se perdre un peu dans une pseudo psychologie des hommes au dépend d'une vraie saillie politico sociale (ou même de classe), ce qui amoindri, pour moi, la portée satirique de ce roman pourtant bien trouvé.
Une petite déception.