Un beau contre-exemple du "American Way of Life"

En général, adolescent, on a tout les rêves. On est fougueux, insouciant et démesuré. Alors lire un roman de Jack Kerouac fait un sacré effet ! On a l'impression que ce talentueux écrivain est resté adolescent toute sa vie, et vraiment, cela fait du bien. Son écriture spontanée et prosaïque demande certes de l'attention -car il faut suivre ses pensées qui peuvent aller 1000 miles au loin- mais elle rend en même temps le récit vivant.


On the Road raconte une amitié folle et forte entre Sal Paradise, le narrateur, et Dean Moriarty, un ressortissant de prison, qui profite de la vie sans en penser les conséquences. C'est un récit fluide et rythmé par les tournures soudaines que prennent les pensées de Dean, qui le mèneront là ou son intuition folle le voudra. On lit et danse au son des fêtes entre amis, alcool, jazz et joints. A cela s'ajoute le sexe, et les amours fougeux, soudains et insouciants des personnages, qui en font ce qu'ils veulent...


C'est en outre avant tout une incroyable aventure sur la route, allant d'est en ouest, puis revenant en arrière -tout en allant de l'avant- et repasser là puis ici, puis réaliser un incroyable "road trip" au Mexique, pour revenir sur la terre de Sal Paradise: les Etats-Unis.


On ne peut que se vider la tête avec ces aventures qui dissimulent derrière une vie frivole -comme certains pourraient le percevoir- une véritable philosophie de vie, avec des moments de réflexion. Le cerveau de Dean est en effet une casserole à idée constamment fumante, dont le couvercle se lève à toute occasion d'échange. Il laisse échapper ses réflexions loin d'êtres "vaporifiques", tellement qu'elles captivent leur public: nous lecteur, et eux personnages qui l'écoutent.


On peut se prendre des "claques" quand on lit la manière de vivre de Kerouac dans ce livre, car les personnages (femmes, amis) sont en effet inspirés de sa vie personnelle, rythmée par la musique de la "Beat Generation". Cette génération incarnée par Kerouac se veut émancipatrice des "contraintes" normales de la vie: s'occuper d'une famille, trouver de l'argent, travailler...


Néanmoins, l'auteur veut ici aucunement nous donner une morale de ce qu'il a choisit de vivre et écrire. Ainsi, les pensées qui s'émanent du récit ne sont pas à prendre à la lettre.
On peut admirer, on peut rêver de se sentir aussi libre, mais ici libre devient parfois refuser les aléas que la vie engendre, au profit de son propre plaisir. Le vagabondage entre femmes de Dean, parsemant des enfants dans toute l'Amérique, les vols de voitures pour pouvoir continuer un voyage toujours plus riche et trépidant... Tout cela tient debout car les héros sont bien entourés, sont débrouillards et se débrouilleront toujours. Mais tout cela peut aussi énerver, malgré le fait que c'est indéniablement audacieux de part sa marginalité, et beau de part sa liberté.


Et on en a besoin, a tout moment de la vie ! Sal et Dean refusent une routine quotidienne, spleenétique, nous menant sans grande surprise à une fin de vie sans grands buts. Les personnages cassent le mythe d'une société américaine consommant pour se donner une image, qui prend pourtant son envol alors que le roman est publié.


C'est pourquoi On the Road est à lire, il offre un point de vue ouvert sur la manière dont on peut vivre, et peut en montrer ses failles dans les excès, sa dynamique dans la spontanéité.

Esibal
8
Écrit par

Le 11 mars 2017

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MarionL
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