Surpris par cette lecture. Parce que quand on nous dit que ce livre est révéré par la génération hippie, on a du mal à faire le rapprochement entre de jeunes chevelus qui fument des joints/jouent de la guitare/proclament sans cesse "Love and peace" avec le contenu du roman, de ce journal de bord presque, pourrait-on dire.
Certes, les protagonistes donnent l'impression de s'éclater à mort, de parcourir l'Amérique en long, en large et en travers, profitant de chaque instant, buvant comme des trous et copulant dès que possible, brûlant la chandelle par les deux bouts. Oui ils le font. Mais pas pour les raisons qu'on pense. Ils ne font pas toutes ces choses parce qu'ils ont l'enthousiasme et l'optimisme de la jeunesse avec eux, c'est pour ainsi dire tout l'inverse : ils le font parce qu'ils FUIENT. Ils fuient la misère de leur époque, la rudesse, la pauvreté et la précarité de leur existence, car c'est bien de cela qu'il s'agit, quand on lit entre les lignes : c'est l'Amérique de Johnny Cash, l'Amérique crasseuse des taudis et des bidonvilles qui peine à manger tous les jours à sa faim. Ils ont un immense besoin d'évasion, d'oubli de leur existence sinistre : c'est l'origine même de cette pulsion frénétique qui les pousse sans arrêt sur les routes.
Je parle en connaissance de cause car je connais bien moi-même une sorte de Dean Moriarty actuel, rejeté par ses parents, temporairement sdf et qui a sillonné la France d'un taf à un autre, enchaînant les coups d'un soir, se débrouillant du mieux qu'il peut ; et je sais pertinemment quelles douleurs de son passé il cherche à maintenir à distance en s'ennivrant et en s'oubliant auprès de ces mesdames. Et je peux vous dire qu'on est à des années lumière des pseudo-bobos (no offense though) qui brandissent les pancartes "Stop War", "Flower power" et "Peace in Vietnam", toutes bonnes soient leurs intentions bien sûr.
En bref il s'agit d'un livre qui se lit comme il a été écrit et surtout vécu : dans la frénésie de l'instant