Les illustrations de Riad Sattouf m'ont donné envie de découvrir cette œuvre de Saint-Exupéry et de sortir du Petit prince.
Contrairement à ce que je croyais, ça n'est pas un roman, mais une série d'anecdotes et de réflexions philosophiques, presque métaphysiques, sur le monde vu par un pionnier de l'aviation, qui s'acharne à risquer sa vie vol après vol, pour livrer du courrier.
Si le récit du voyage de Guillaumet dans les Andes et de la survie de l'auteur dans le Sahara sont inoubliables, par leurs détails très pragmatiques et parfois poétiques, les passages où l'auteur livre sa conception du monde m'ont moins convaincu.
Saint-Exupéry ne romantise pourtant pas le danger, mais il vole pour se sentir vivant, éprouver le contact de l'atmosphère sur sa peau, faire des prévisions météo et calculer la trajectoire du vent, tel un laboureur du ciel.
Il plaint les travailleurs entassés dans le métro tous les matins, et c'est clairement ce qu'il fuit en volant.
Passée cette idée forte, d'autres considérations sur la vie en général ponctuent le livre, plus anecdotiques et superflues, comme si St-Ex s'écoutait parler.
Il n'empêche que j'ai été emporté par le souffle de l'aventure de certains passages, et les dessins ligne claire de Sattouf, qui illustre l'ouvrage comme un album de tintin (on est très loin de Pascal Brutal).
C'est d'ailleurs presque émouvant de voir la trajectoire du dessinateur, qui en quelques années, est passé de sale gosse de la BD, à auteur respectable illustrant des classiques de la littérature.
Je suis sorti du Petit Prince, à voir si ça me donne envie de tenter Vol de nuit.
Je m'assis en face d'un couple. Entre l'homme et la femme, l'enfant, tant bien que mal, avait fait son creux, et il dormait [...]Je me penchai sur ce front lisse, sur cette douce moue des lèvres et je me dis: voici un visage de musicien, voici Mozart enfant, voici une belle promesse de vie [...]
Mozart enfant sera marqué comme les autres par la machine à emboutir. Mozart fera ses plus hautes joies de musiques pourries, dans la puanteur des cafés-concerts. Mozart est condamné [...].
Ce qui me tourmente, ce ne sont ni ces creux, ni ces bosses, ni cette laideur. C'est un peu, dans chacun de ces hommes, Mozart assassiné.
Seul l'Esprit, s'il souffle sur la glaise, peut créer l'Homme.
P.S: Je me rends compte, en citant la toute fin du livre, qu'il me marquera sans doute plus que j'ai bien voulu l'écrire dans ces lignes. Je vais laisser infuser tout ça, je verrai bien ce qu'il m'en reste dans quelques temps.