Le roman de Sharon Kay Penman, malgré son épaisseur stupéfiante ne couvre, entre guillemets, qu'une relative courte période s'étendant de 1163 à 1187.
On y suit le couronnement du jeune Baudouin dans ce que l'on appelait le royaume de Jérusalem, entre l'Égypte et la Syrie, conquis depuis peu par les Francs aux dépens des Sarrasins. Mais Baudouin n'est encore qu'un enfant et surtout l'on découvre très vite qu'il est atteint par la lèpre. Dans ces conditions commencent les jeux de pouvoir, les luttes intestines et les intrigues de Palais qui menacent de deviser le royaume alors que les Sarrasins cherchent logiquement à regagner sur ce qu'il considèrent comme leur dû.
Et cela sur 1300 pages ! Sans jamais provoquer aucune lassitude, l'autrice parvient à nous intéresser à ce pan de l'histoire du moyen-âge, bien loin de la France, qui met en avant les Poulains, ceux nés dans ce royaume et qui sont en charge de le maintenir sous l'égide des Francs.
Tous les personnages sont intéressants et même ceux qui endossent plus ou moins, pour le bienfait du récit, le rôle de méchant ont un développement qui fait que l'on se retrouve avec des personnalités complexes, ambivalentes parfois, pleines de nuances. Certains mettent leur intérêt personnel au premier plan quand d'autres ne cherchent qu'à protéger leur famille ou le royaume.
La politique, la guerre, la diplomatie sont ici les trois piliers d'une roman qui ne se veut jamais épique mais méticuleux dans les faits relatés et toujours captivants parce qu'il se passe toujours quelque chose. Les rebondissements, sans jamais s'appuyer sur des ressorts dramatiques superficiels, sont nombreux, pour ne pas dire constants au fils des chapitres, qui se découpent via des ellipses qui nous permettent de toujours rester dans l'action.
On est agréablement surpris quand l'autrice nous place aussi dans l'autre camp, celui des Sarrasins, nous montrant que malgré les horreurs de la guerre, malgré les opinions, les croyances divergentes et incompatibles, il pouvait régner un respect mutuel chez bon nombre des dirigeants comme des subalternes, voir même de l'amitié comme entre Balian et Al-Adil.
S'appuyant sur de nombreuses sources, l'autrice n'a que peu utilisé la fiction pour combler les trous de l'histoire et l'on est donc ravi d'apprendre autant de choses sur cette période parfois fantasmée de manière erronée par certains.
C'est un roman brillant, érudit, mais aussi captivant, à la hauteur des plus grands roman historiques comme peuvent l'être Les Rois Maudits de Maurice Druon.