L'une des lectures les plus intéressantes de l'année dernière fut le roman de chevalerie du XVe siècle, Tirant le Blanc, écrit par le chevalier Valencien Joanot Martorell. Ce classique de la littérature catalane est surtout connu pour être « le meilleur livre du genre au monde » – sauvé des flammes dans Don Quichotte de Cervantès, lorsque le prêtre et le médecin fouillent sa bibliothèque personnelle pour tenter de percer le mystère de la folie du vieux chevalier.
Je m'étais promis d'en parler un peu – j'aurais voulu le faire bien plus tôt, mais je n'en ai jamais vraiment trouvé le temps ni l'énergie. De plus, avec le temps, je deviens sans doute plus réticent à partager quoi que ce soit sur les réseaux sociaux – mais je m'égare.
Il y a deux raisons principales de lire Tirant – l'une d'elles ne concerne que les passionnés de combats historiques, mais puisque vous lisez encore, vous en faites probablement partie. Tirant regorge de batailles, de duels, de combats et autres démonstrations de violence. Il s'agit bien sûr d'une œuvre de fiction, mais la description ritualisée des tournois et des duels confère à ce récit un réalisme qui rejoint les chroniques contemporaines plus pragmatiques. Comparé à d'autres récits de chevalerie (comme ceux de Chrétien de Troyes), Tirant est étonnamment dépourvu d'éléments magiques ou fantastiques. On y trouve certes des merveilles exagérées, des monstres, des voyages impossibles et quelques personnages légendaires surgissant de façon inattendue, mais l'ensemble reste très ancré dans le réel. La mort est aléatoire, les blessures sont atroces (et leurs conséquences durables), et certains chapitres s'attardent longuement sur l'organisation et le déroulement des duels, qu'ils soient à plaisance ou à outrance. En armure, à cheval, à pied, contre des chevaliers, des rois ou même un chien, les exploits de Tirant en Angleterre sont d'une grande variété. Un exemple en est le duel livré contre le seigneur français Vilesermes (Bourgdésert, dans la traduction française), qui se déroule avec des couteaux, en simples chemises avec des boucliers en papier - pour un bijou de dame. La préparation du duel est longuement décrite, étape par étape (choix des armes, juges, échanges verbaux entre les combattants, etc.), mais le combat lui-même est bref, brutal et tout à fait conforme à ce que l'on pouvait attendre d'une telle rencontre :
« Ils se jetèrent l'un sur l'autre avec fureur. Le chevalier français tenait son couteau haut, devant sa tête, et Tirant le tenait juste au-dessus de sa poitrine. Lorsqu'ils furent proches l'un de l'autre, le chevalier français frappa violemment Tirant au milieu du crâne. Tirant para le coup et riposta, lui assénant un coup sur l'oreille qui faillit lui pénétrer le cerveau. L'autre homme frappa Tirant au milieu de la cuisse, et la plaie s'ouvrit sur la largeur d'une main. Il le poignarda aussitôt à nouveau au bras gauche, et le couteau s'enfonça jusqu'à l'os. Ils se battaient avec une telle violence que c'en était épouvantable. Et ils étaient si près l'un de l'autre qu'à chaque coup, ils se faisaient saigner. C'était un spectacle pitoyable pour quiconque voyait les blessures des deux hommes : leurs chemises étaient déchirées. Devenus complètement rouges de sang, ils étaient épuisés. Jérusalem demanda à plusieurs reprises au juge s'il voulait qu'il les fasse cesser de se battre, et le cruel juge répondit :
« Qu'ils arrivent au terme de leurs jours cruels, puisque c'est ce qu'ils désirent. »
Je suis convaincu qu'à cet instant précis, tous deux auraient préféré la paix à la guerre. Mais, braves et courageux, ils se battirent sans relâche, sans pitié. Finalement, Tirant, se sentant proche de la mort à cause de toute cette perte de sang, s'approcha au plus près de son adversaire et le poignarda au sein gauche, en plein cœur. L'autre lui asséna un violent coup à la tête, lui faisant perdre la vue, et il s'écroula à terre. Si le Français avait pu se relever lorsque Tirant tomba, il aurait pu l'achever sans peine. Mais il n'en eut pas la force et s'effondra aussitôt, mort.
La seconde raison pour laquelle je recommande la lecture des aventures de Tirant tient tout simplement au plaisir de lecture qu'elles procurent. L'histoire en elle-même (les nombreuses conquêtes militaires de Tirant et son ascension au rang d'empereur de tous les Grecs) n'est pas aussi captivante que le style de Martell. Son humour pince-sans-rire et sa manière presque sarcastique de raconter ses histoires contrastent fortement avec les autres œuvres contemporaines. Plaisirdemavie, la jeune fille espiègle de la princesse Carmésine (dont Tirant est amoureux), avec ses nombreux plans douteux et son caractère obstiné, est l'un des personnages féminins les plus intéressants et les mieux écrits de la littérature de la Renaissance. Ce livre aborde une grande variété de thèmes – la chevalerie, la guerre, l'ermitage, l'amour, la religion, la conquête, la noblesse, le duel, l'esclavage, le sexe, le travestissement, le mariage, la maladie, la loyauté et la soudaineté de la mort – le tout narré sur un ton humoristique qui résiste étonnamment bien à l'épreuve du temps. Il mérite assurément votre attention…