Ce roman est non seulement ma première lecture de Franck Thilliez, mais également son premier roman. En tant que tel, il est à la fois émouvant (parce qu'on y découvre les premiers pas d'un auteur culte, et notamment ses tâtonnements) et plein de défauts. Je n'en ai lu aucun autre, mais on sent la volonté de montrer que les français aussi savent faire du thriller sombre et grand spectacle. Et c'est en vérité ce que je lui reproche. Il m'a même, à un moment, fait douter de mon goût pour les thrillers, en tous cas je me suis dit que j'avais besoin de passer à autre chose. La surenchère de noirceur et de glauque est allée trop loin pour moi. Non seulement je n'ai pas vibré, mais en plus ça m'a profondément déprimé. Les personnages sont tous de gros clichés ambulants et l'ensemble démontre une certaine maladresse dans la psychologie des personnages. Le scénario se veut grand spectacle et cinématographique, avec une atmosphère très sombre, un peu à la Seven et autres grands thrillers de l'époque. L'écriture se cherche, avec de temps en temps une surabondance de figures de style (parfois trois dans la même phrase) visiblement dans l'objectif de nous faire comprendre la noirceur de la vie ou de nous enfoncer dans un autre cliché soi-disant lyrique, et puis parfois, miracle, Franck Thilliez se montre plus spontané, et ça fonctionne beaucoup mieux. Les envolées lyriques de son héros (car, procédé hautement dangereux, il utilise le "je" et pas toujours avec réussite) finissent par être plutôt risibles. Car Franck Thilliez, à force de charger la mule avec des scènes d'action, un flic qui ne croit plus en rien et des criminels qui se parlent tous comme des caïds, finit par faire marrer plutôt qu'autre chose. Les dialogues manquent également de spontanéité, chacun s'exprimant dans un langage châtié peu crédible (et ne me dites pas qu'en 2003 c'était différent...). La fin est hélas un peu trop facile et bâclée. Bon, rien de grave en soi, c'est un premier roman, mais Franck Thilliez m'est sympathique et on apprend tous, d'une façon ou d'une autre. Ce n'est donc pas celui que je recommande pour commencer. De mon côté, à part Hostiles dont le synopsis me plaît beaucoup, je pense n'en relire aucun. Je me suis rendue compte que si j'aime l'horreur, c'est pour l'adrénaline, mais que le gore (une scène dans un abattoir m'a tellement écœurée que j'aurais pu devenir végétarienne) me dégoûte et que la noirceur humaine, les personnages enferrés dans leur malheur, ne me font pas vibrer. Ils me dépriment et me fatiguent (d'ailleurs je me suis forcée à aller au bout du roman), et c'est une catégorie de thriller que je réserve à des gens aux nerfs plus solides que moi.