Ubik m'a laissé partagé entre admiration et légère frustration. Ce n'est pas l'écart entre son « 1992 » et notre réalité qui gêne, après tout, peu importe que Philip K. Dick n'ai pas anticipé les technologies actuelles, le vrai nœud est ailleurs : "sa narration à tiroirs" est devenue un procédé si répandu qu'elle perd aujourd'hui en pouvoir de surprise. On sent trop vite que le réel est piégé, et le vertige s'émousse.
Cette perte d'impact fragilise aussi la dimension philosophique : la réflexion sur la mort, la perception et le réel reste fine, mais elle souffre d'avoir été mille fois revisitée depuis, diluant l'étrangeté métaphysique que le roman portait sans doute en 1969.
Même l'univers censé représenter un 1992 futuriste paraît mince : des gadgets pleins d'humour, des pubs intrusives… mais peu de matière sociale ou psychologique pour lester ce décor. L'ensemble flotte comme un rêve conceptuel, sans toujours offrir l'immersion qu'on espère d'une grande dystopie.
Et pourtant, malgré ces réserves, il reste un plaisir singulier à se perdre dans cette fiction qui se délite et se recompose sans cesse, à suivre ce fil fragile qui relie chaque page au mystère du réel. Rien que pour ce parfum d'« Ubik », capable de tenir l'entropie à distance, le roman mérite largement d'être lu.