J'ai bien accroché avec ce petit roman atypique, qui joue sur les codes du récit d'exploration polaire et les tord dans tous les sens pour en tirer une comédie sanglante. L'auteur, Mika Biermann, un allemand francophone vivant à Marseille, en est là à son troisième roman et s'amuse manifestement à brouiller les pistes: ce livre se veut la reconstruction d'une histoire vécue grâce à différents documents de différentes sources, d'où sa narration éclatée à quatre ou cinq voix, son introduction journalistique et bien sûr... son entière fausseté.
La parodie est aussi entière qu'elle est féroce et tous les aspects de l'aventure polaire sont explorés dans ce roman: le froid tout puissant,, les icebergs changeants, la banquise traîtresse, les animaux locaux (attention au redoutable panda polaire !) les chiens de traîneau courageux, les bases polaires etc... Ajoutez-y une fusée de feux d'artifice à faire péter le 31 décembre au Pôle Sud, des flingues, des cadavres , de l'hémoglobine, du sexe , des meurtres de sang-froid (ahah), et vous avez là un roman qui part dans tous les sens. C'est assez jubilatoire.
La polyphonie du livre nous fait osciller entre langage scientifique, ou châtié ou ordurier selon le locuteur. Cette polyphonie recoupe la narration éclatée d'une expédition qui ne va pas tarder à se voir tronçonnée en trois équipes au destin fâcheux. On suit trois aventures, trois façons de parler, trois challenges différents. De la survie et des énigmes sont au menu de chacun.
Recommandé par la librairie "Les Ombres Blanches", ce livre est joyeux, parodique en diable et toujours intéressant jusqu'à son final pas sérieux mais bien ficelé. Bien écrit, rafraîchissant sous le soleil et original, je ne peux que vous conseiller ce chouette petit roman!