C'est l'histoire d'une femme qui se fait passer pour une victime des attentats de novembre 2015. C’est le récit d'une imposture, c’est une réflexion sur la place des victimes dans la société et sur le besoin d'exister médiatiquement.


Dès la première page, on sait que, pour avoir reconnu Matéo, victime de la fusillade du Bataclan, un étudiant qu'elle croisait dans le bar où elle travaillait l'été d'avant, et s'inventer alors une relation amoureuse avec lui, Adèle écope de douze mois de prison dont six avec sursis.


« Le début du roman est le jugement d'une imposture. Mais comme je ne voulais pas regarder mon personnage en termes moraux, j'ai évacué la culpabilité tout de suite. Adèle souffre de ne pas savoir qui elle est. Elle répond à cette injonction contemporaine d'être quelqu'un. » Confie Constance Rivière lors d’une interview à France Culture.


Constance Rivière est née en 1980 à Paris, est surdouée et surdiplômée (ENS, IEP Paris, ENA). Elle a gravité dans la sphère du PS et de François Hollande dont elle a été une des conseillères. Elle a été nommée en janvier 2015 adjointe au cabinet juste avant les attentats : « A ce poste, j’ai passé un an dans l’urgence, à faire de la gestion de crise ». Elle s’est occupée, en particulier, de l’accompagnement des victimes… Depuis deux ans, elle est secrétaire générale du Défenseur des droits. “Une fille sans histoire” est son premier roman.


Revenons à Adèle, notre imposteur (pas de féminin pour ce mot). Ce 13 novembre 2015, elle rêvasse, seule comme toujours, devant sa fenêtre ouverte, tout près du Bataclan, quand tout à coup elle entend le charivari de nombreuses sirènes de police et de secours. Que se passe-t-il ? C’est la télévision qui lui apprend ce qui se passait au pieds de chez elle : « on allait plus au théâtre pour voir des tragédies, on allumait la télévision… » Le lendemain, un bandeau, au bas de l’écran, invitait la famille, les proches des victimes à se rendre à l’École militaire pour avoir des nouvelles. Adèle a cru reconnaitre sur une photo un jeune homme qui fréquentait un bar où elle a été serveuse, Matéo. A-t-il disparu ? Est-il blessé ? Elle veut savoir et se rend à l’École militaire. C’est ainsi que tout commence…


Pour ne pas être une simple curieuse et être prise au sérieux, Matéo devient son petit ami, son amoureux… et de fil en aiguille, elle prend les choses en main, s’occupe des parents de Matéo qui habitent Rome et, quant à faire, des autres victimes et devient un personnage emblématique et incontournable des associations d’aide « Elle, ex-serveuse de bar au chômage, ayant entendu le bruit du drame dans la nuit alors qu’elle savait son amoureux au Bataclan, dévastée et prête à le montrer, revendicatrice et triste, elle était la victime parfaite, créature vivante offerte aux dieux, projection expiatoire des angoisses de tout un chacun, celle qu’ils attendaient dans les premières semaines après les attentats où l’image qui devait s’imposer était celle de la solidarité avec les victimes. »


Lorsque la vérité va éclater, car pour les petits la vérité éclate toujours, on s’imagine le scandale, la curée, la haine… contre cette fille qui a menti en inventant un amour qui n’existait pas. Qui a voulu utiliser le malheur des autres pour sortir de l’anonymat. Qui s’est révélée d’une grande utilité et d’une grande efficacité auprès des victimes et de leurs proches au point de se faire embaucher par une association d’aide comme permanente. Qui n’a rien sollicité d’autre qu’un peu de reconnaissance !


Pour votre peine vous ferez douze mois de prison dont six avec sursis !


Tel est le prix du mensonge… Et si nous appliquions cette sentence à nos hommes politiques (proportionnellement à la taille du mensonge) ?...


Ce premier roman polyphonique est bien mené, très bien écrit. L’exercice de style est réussi dans une langue riche. Son passé dans l’ombre de l’Élysée lui a fourni toute la matière pour réussir ce livre, néanmoins, à l’instar d’Adèle et toute proportion gardée, avec cet ouvrage, Constance n’a-t-elle pas cherchée à sortir de l’obscurité ?

Philou33
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le 28 déc. 2019

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