On poursuit avec ce deuxième tome de la Trilogie du Vide, qui prolonge la mécanique déjà installée dans le volume précédent. Hamilton continue d’utiliser un récit double, voire multiple, avec d’un côté une partie polyphonique située dans le Commonwealth, entre lutte politique autour du pèlerinage, enquête, complots et science-fiction d’ampleur, et de l’autre un récit enchâssé dans le Vide, presque hors du livre principal, qui prend les formes d’une fantasy à coloration messianique.
J’avais une crainte après le premier tome : que le déséquilibre entre ces deux parties finisse par devenir trop visible. Et c’est bien ce qui arrive. La partie située dans le Vide apparaît nettement supérieure au reste du récit. Elle est plus fluide, plus incarnée, plus inventive, au point que l’on en vient à attendre les passages du rêve et à se désintéresser partiellement de l’intrigue du Commonwealth, plus lente, plus bancale, moins immédiatement prenante.
Pourtant, sur le papier, cette partie fantastique repose sur une structure assez classique : celle du héros messianique, de l’élu qui bouleverse un ordre établi. Mais Hamilton parvient malgré tout à lui donner une vraie vitalité. Il y ajoute quantité de trouvailles, de détails d’univers, de mécanismes de pouvoir et de tensions politiques qui rendent cette trame attachante. L’idée de pouvoir remonter dans le temps pour modifier les événements, un peu à la manière d’un Edge of Tomorrow inversé, où la maîtrise appartient ici au personnage lui-même, apporte une dynamique intéressante.
Ce qui fonctionne aussi, c’est le contraste idéologique entre les deux mondes. Dans le Vide, le récit semble porter une forme d’élan accélérateur, une volonté de renverser les structures figées et de faire advenir autre chose. Dans le Commonwealth, au contraire, on penche davantage du côté de la prudence, de la conservation, de la méfiance face à ce qui pourrait rompre l’équilibre. Hamilton joue ainsi sur deux imaginaires opposés : le désir de transformation et la peur de ce qu’elle coûte.
La vraie bascule intervient dans l’interprétation du Vide lui-même. À la fin, on comprend que ce dernier ne se contente pas d’être un espace mystérieux ou une anomalie cosmique. Il cherche à attirer en son noyau toute la rationalité du monde, à absorber ce qui pense, organise, comprend, jusqu’à produire un monde sur mesure capable d’atteindre une forme d’homéostasie ultime. Mais cette promesse d’équilibre a un prix immense. Comme le rappelle Gore, rien de tout cela n’est gratuit : cette stabilité interne se paie par l’absorption de la galaxie extérieure.
C’est là que le roman devient le plus intéressant. Le Vide n’est pas seulement une menace physique, mais une tentation métaphysique : celle d’un monde parfaitement ajusté, parfaitement cohérent, parfaitement clos, où l’être trouverait enfin sa place, mais au prix de la disparition du reste. Une paix totale, mais peut-être mortifère. Une harmonie qui ressemble à une fin de l’histoire.
Reste maintenant à voir comment Hamilton va conclure tout cela. Et c’est précisément là que demeure une inquiétude. L’auteur sait construire des univers, multiplier les enjeux, ouvrir des perspectives vertigineuses, mais il lui arrive parfois de patiner au moment décisif. C’est compréhensible, tant il est toujours difficile de conclure un space opera d’une telle ampleur, mais après ce deuxième tome plus déséquilibré, la réussite de la trilogie dépendra beaucoup de sa capacité à resserrer les fils et à donner une véritable résolution à ses promesses.