Vorace
7.2
Vorace

livre de Małgorzata Lebda (2023)

Dans une ambiance très rurale et déshéritée, le village de Maj, en Pologne survit grâce aux emplois que fournit l’abattoir. Des troupeaux  d’animaux défilent vers leur fin. La narratrice est revenue  dans la ferme de ses grands parents , en compagnie d’une amie, pour venir en aide à la grand-mère malade. 


Chaque être vivant participe à cet univers bien particulier : les animaux, sauvages ou domestiques, les éléments, humanisés, souvent dressés contre la folie des humains, la nature omniprésente malgré sa dégradation progressive. Une atmosphère assez lugubre, sublimée par une écriture extrêmement sensorielle et parfois picturale (les scènes  sont de véritables tableaux dont on visualise les couleurs avec une acuité exceptionnelle). 



Pour l'instant, le jour s'achève à l'ouest au-dessus de la forêt, le coucher de soleil est d'un rouge sang qui augure la pluie. Le jus de griotte s'écoule dans nos gorges et poursuit sa route comme pour gagner par les veines, chaque parcelle de nos corps.

À  travers le temps qui passe mais aussi la maladie, le soin prodigué pour entretenir la flamme de  la vie dans le corps en sursis est traité avec une sensualité pudique. La maladie elle-même est traitée comme le serait un personnage, un membre de la famille avec lequel il faut composer et se réorganiser en fonction de ses diktats. 


Il faut baptiser la maladie, lui créer de bonnes conditions, l'accueillir, dis-je. Elle fait partie de la famille maintenant.

Fin d’une vie, fin d’une époque dans un processus entropique , contre lequel la famille lutte en ré-aménageant la maison. 


Tout cela est porté par une écriture exceptionnelle, d’une grande poésie, et d’une grande beauté. Chaque page décline une palette de couleurs, de parfums, de sensations tactiles, que l’on ressentent tant que lecteur comme le visiteur d’une exposition vivante. 


Le personnage de la grand-mère est remarquable.. Toute sa vie elle a tenté de préserver la vie des moindres êtres vivants, des fourmis aux araignées, en passant par les oiseaux qu’elle aime plus que tout. Même  proche de sa mort, elle poursuit cette oeuvre de secours. 


Grand-mère ne peut résister au vivant. Elle inviterait et accueillerait volontiers chez elle, dans la chambre ouest, tout ce qui vit. Elle voudrait que la vie se lève sous ses yeux, qu'elle bouge, grésille, bruisse. 

Un premier roman remarquable par la qualité de l’écriture et la puissance d’évocation que porte chaque phrase. 


Kittiwake_
9
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le 17 janv. 2026

Critique lue 17 fois

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