Comme beaucoup, je n'avais de Winnie l'Ourson qu'une image façonnée par Disney : un petit ours jaune un peu grassouillet, jovial et sans aspérités. Lire le texte original de Milne, c'est découvrir quelque chose de plus savoureux, de bien plus étrange aussi.
Les personnages sont étonnants, voire perturbants. Winnie est semi-idiot, Hi-han est dépressif, et le Hibou l'intellectuel autoproclamé du groupe peine en réalité à lire et à écrire.
A.A. Milne joue avec malice de cette galerie de bras cassés : le narrateur se moque gentiment d'eux, invitant les jeunes lecteurs à se sentir plus malins que ces personnages mi-animaux mi-doudous. On s'y attache pourtant, précisément parce qu’ils sont faillibles ou plutôt défectueux.
Au centre de ce monde trône Christophe Robin, en roi bienveillant. Après tout, ce sont ses doudous, et la Forêt tout entière n'existe que par sa grâce.
L'humour, lui, est résolument britannique : absurde, pince-sans-rire, porté par des jeux de mots et des glissements de sens qui ont dû donner du fil à retordre au traducteur.
Un livre qu'on croit connaître sans l'avoir lu, et qui se révèle plein de surprises.