Dire du livre de Coop-Phane qu'il est un chef d’œuvre serait exagéré. Il n'en possède pas l'envergure. Et c'est pourtant ce manque d'envergure qui fait tout le charme du récit, tout comme le manque d'envergure des personnages fait leur charme.
Mais commençons par le commencement. Le livre, édité chez Finitude, est beau.Le papier est de qualité et la couverture, épurée, possède une dimension artistique non négligeable qui valorise le livre en tant qu'objet-livre. Le prix n'en reste pas moins assez élevé pour un livre au format poche.
Le texte, quant à lui, est une mosaïque de portraits, dont le fil conducteur est le récit très personnel d'une pute, "une vraie", qui assène au lecteur un coup de poing littéraire pour lui rappeler les bassesses d'une société qui bannit la mediocritas. Et cette médiocrité est illustrée par les portraits de gens brillant par leur absence d'ambition ou de passion, comme embourbés dans un quotidien fade et morbide. Il n'y a, dans ce cours récit, aucun héros. Pas même d'antihéros.
Et pourtant, le narrateur parvient à donner une dimension presque lyrique, ou du moins attachante, à ces personnages venus chercher un peu de tendresse dans les bras d'une professionnelle de l'amour. Ils n'ont aucun charisme, aucune envergure, ce qui n’empêche pas le lecteur de plonger au cœur de leur vie morne et triste.
Coop-Phane, sans produire un chef-d'oeuvre, est parvenu à captiver le lecteur de par l'aspect attachant de ses personnages et un style moderne, efficace.