Même si je ne suis pas vraiment une grande connaisseuse, je voulais parler un peu de musique arabe sur SC, mais je ne savais pas trop par où commencer. Je choisis finalement une chanson qui m’a inspirée : Fi Madrasat el Hob (Dans l’école de l’amour) de Kadhem al Saher, mais elle n’est malheureusement pas présente sur SC (et vu le chaos des synchro MB-SC, j’avoue que je n’ai même pas pris la peine de l’ajouter :p). Deux raisons principales m’ont donné envie d’écrire quelques lignes sur cette chanson : une nostalgie de la belle musique orientale de mon adolescence, et le texte magnifique de Nizar el Qabbani que je voulais partager.


D’abord, que dire sur la chanson arabe, avec ses grandes voix, ses orchestres, sa poésie, ses longues pistes avec leurs rythmiques changeantes. La musique arabo-orientale a une grande histoire et s’enrichit de diverses influences : grecques, perses, turques, occidentales… en plus des différents styles propres à chaque pays, avec leurs cultures ancestrales ainsi que leurs langues ou dialectes. Tout cela construit grâce à la tradition orale sur des thèmes aussi variés que l’amour, la mélancolie, la patrie, l’engagement politique, etc.


Outre l’Astre d’Orient : Oum Khalthoum (Egypte) et le joyaux Fairuz (Liban) qui ont popularisé cet art au-delà de toutes frontières, des artistes comme Mohammed Abdel Wahab (Egypte), Farid El Atrache (Egypte/Syrie) ou Abdel Halim Hafez dit "Al andalib al asmar" : le rossignol brun (Egypte) ont marqué les mémoires et l’évolution de cette musique vers un genre de pop arabe. Ayant eu grand succès dans les années 1990, beaucoup de nouveaux artistes ont émergé, dont Magda El Roumi (Liban) et Kadhem Al Saher, marqués par leurs collaborations avec le grand poète syrien Nizar Qabbani qui a modernisé la poésie arabe.


Surnommé le Kaiser de la chanson arabe, Kadhem Al Saher est un auteur-compositeur et interprète irakien qui a été un long moment l’ambassadeur de la musique arabe moderne. D'abord autodidacte, il écrit et apprend à jouer de la guitare et du oud avant de rejoindre l'Académie de Musique de Baghdad. C'est pendant son exile, pour cause de guerre du Golf, qu'il a pu rencontrer Al Qabbani qui lui écrivit un bon nombre de chansons. Que ce soit dans un registre classique ou pop, romantique ou politique, cet artiste héritier des belles voix arabes et fan de grands orchestres a su toucher les cœurs de millions de personnes dans le monde arabe et au-delà.


J’ai commencé par parler du "shi’r" ou poème de Nizar: Fi Madrasat el Hob, alors j’aimerais en traduire un petit extrait pour vous :



Votre amour, Madame, m’a appris les pires habitudes,
Il m’a appris à lire dans les tasses de café mille fois par nuit,
Et à expérimenter l’alchimie, et à taper aux portes des voyants,
Il m’a appris à sortir de chez moi pour fouiller les trottoirs,
Et pour pourchasser votre visage dans les gouttes de pluie et dans les lumières des voitures…
Votre amour, Madame, m’a fait entrer dans les Cités de la Tristesse,
Alors qu’avant vous je n’y étais jamais entré,
Je n’ai jamais su que les larmes étaient l’Homme,
Et que l’Homme sans tristesse n’est que le souvenir de lui-même.



Bien entendu, il n’y a pas qu’en Orient que la chanson arabe sévit. Warda al-Jazairia pourrait être une bonne transition vu ses origines algériennes et libanaises. La diva arabe a en effet beaucoup contribué à populariser la chanson orientale au Maghreb. Dans cette région, la musique arabe a en effet évolué assez différemment. La grande héritière de cette musique est bien entendu la musique arabo-andalouse qui s’est développée en Espagne et qui compte plusieurs écoles. De cette musique dérivent d’autres styles musicaux maghrébins, notamment le chaâbi algérien originaire de la Casbah, devenu musique populaire par excellence dans le pays. Développé par El Hadj M'hamed El Anka qui y a introduit un instrument typiquement algérien : la Mandole, le chaâbi repose sur des textes en dialecte algérien ou en berbère (ce qui le met un peu en marge de la chanson type arabe). On peut aussi citer d’autres artistes notables du chaâbi : Dahmane El Harrachi (Ya Rayeh, vous connaissez ?), Amar Ezzahi, Kamel Messaoudi, mais aussi Slimane Azem et Lounès Matoub qui chantent en kabyle. Mais ceci est une autre histoire…

Lilange
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le 26 mai 2019

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