Chanson d'amour enjoué comme souvent avec Brassens où le parcours est souvent difficile et le résultat pas gagné d'avance. Dans "Marinette", Brassens court mais a toujours un "vélo de retard". Dans "Gastibelza", la femme est inaccessible au petit berger.
Ici, Brassens essaie de ruser ; la belle (Elle) se baigne et on ne voit que la tête qui ressemble à une tête de poupée détachée du corps. Donc s'il plonge pour aller croquer le petit pied menu, ce n'est pas pour de vrai. Sauf qu'Elle n'est pas dupe. Sauf qu'il faut que le poète narrateur, Brassens, fasse sembler de se noyer pour attirer la compassion d'Elle. Le marivaudage semble porter ses fruits. Mais le lendemain, tous ces efforts se révéleront inutiles puis qu'Elle ne lui sera pas destinée.
J'aime beaucoup la construction et le rythme de la chanson sur une tonalité apaisée. Et puis ces répétitions avec les jeux de sonorités, les jeux sur les mots entre "Je me déguise en cachalot" ou encore "Jamais requin n'a, j'en (réponds)", donnent une impression d'écho, de prolongement d'une rêverie, d'attente du véritable amour qui n'est pas dans le mariage avec un "riche mercanti".
https://www.youtube.com/watch?v=TUeATLai-dQ
Comme une sœur, tête coupée, tête coupée
Elle ressemblait à sa poupée, à sa poupée
Dans la rivière, elle est venue
Tremper un peu son pied menu, son pied menu
Par une ruse à ma façon, à ma façon
Je fais semblant d'être un poisson, d'être un poisson
Je me déguise en cachalot
Et je me couche au fond de l'eau, au fond de l'eau
J'ai le bonheur, grâce à ce biais, grâce à ce biais
De lui croquer un bout de pied, un bout de pied
Jamais requin n'a, j'en réponds
Jamais rien goûté d'aussi bon, rien d'aussi bon
Elle m'a puni de ce culot, de ce culot
En me tenant le bec dans l'eau, le bec dans l'eau
Et j'ai dû, pour l'apitoyer
Faire mine de me noyer, de me noyer
Convaincue de m'avoir occis, m'avoir occis
La voilà qui se radoucit, se radoucit
Et qui m'embrasse et qui me mord
Pour me ressusciter des morts, -citer des morts
Si c'est le sort qu'il faut subir, qu'il faut subir
À l'heure du dernier soupir, dernier soupir
Si, des noyés, tel est le lot
Je retourne me fiche à l'eau, me fiche à l'eau
Chez ses parents, le lendemain, le lendemain
J'ai couru demander sa main, demander sa main
Mais comme je n'avais rien dans
La mienne, on m'a crié "Va-t'en", crié "Va-t'en"
On l'a livrée aux appétits, aux appétits
D'une espèce de mercanti, de mercanti
Un vrai maroufle, un gros sac d'or
Plus vieux qu'Hérode et que Nestor, et que Nestor
Et depuis leurs noces j'attends, noces j'attends
Le cœur sur des charbons ardents, charbons ardents
Que la Faucheuse vienne cou-
-Per l'herbe aux pieds de ce grigou, de ce grigou
Quand elle sera veuve éplorée, veuve éplorée
Après l'avoir bien enterré, bien enterré
J'ai l'espérance qu'elle viendra
Faire sa niche entre mes bras, entre mes bras